[00:00:00.180] – Camille Bardin
On peut d’abord avoir la sensation qu’elles nous appellent avec leurs couleurs criardes. Alors on s’approche. On observe ces corps qui se toisent et soudain c’est le silence qui se fait entendre. C’est en restant un peu qu’on comprend que tout cela n’est qu’un leurre. Les œuvres d’Amine Habki ne crient pas mais elles ne sont pas pour autant silencieuses. Simplement, s’échappent d’elles des sons qui ne sont pas identifiables par toustes. C’est pour mieux comprendre ce qu’il nous donne à voir que je voulais qu’Amine Habki soit mon invité aujourd’hui.
[00:00:00.180] – Camille Bardin
PRÉSENT.E est un podcast dans lequel je souhaite porter au jour ce qui vient en amont puis en aval de l’art contemporain. Mes questions portent donc rarement sur les œuvres en elles-mêmes mais davantage sur toutes les réflexions et les doutes qui gravitent autour de celles-ci. Car ici je m’intéresse d’abord à la manière dont la vie de mon invité.e impacte son travail puis à l’inverse à la façon dont son travail vient impacter sa vie. Dans PRÉSENT.E j’essaie de mener les conversations comme j’ai l’habitude de le faire en tant que critique d’art dans les ateliers d’artistes ou à la terrasse des cafés. Sauf qu’ici nous sommes enregistré.e.s et vous avez la possibilité de tout écouter.
[00:00:00.180] – Camille Bardin
Bonjour Amine !!!! ça va ?
[00:01:17.760] – Amine Habki
Bonjour Camille ! Ouais, ça va. Et toi ?
[00:01:18.900] – Camille Bardin
Ouais ! Merci d’avoir accepté mon invitation. Je suis trop contente d’être avec toi ce matin. Je voulais commencer en te demandant tout simplement comment est-ce que tu vas et savoir si tu avais pu te reposer pendant les fêtes, sachant qu’on est le 31 janvier quand on enregistre. Donc c’est presque un peu périmé déjà comme question. Mais ouais, rentrée années 2023-2024 intense pour toi !
[00:01:43.050] – Amine Habki
Ouais assez ouais, c’est vrai !
[00:01:44.940] – Camille Bardin
Parce que du coup, si on devait faire un petit résumé, mais je vais peut être en laisser passer des événements et tout que tu as pu faire. Donc tu proposais un atelier au Studio 13/16 du Centre Pompidou où j’ai découvert ton travail. Tu as participé au Salon de Montrouge, tu faisais des visites au consulat où tu avais ton atelier et enfin tu as terminé l’année avec une exposition à la galerie Andrehn Schiptjenko. Mais ne présumons pas pour autant que tout le monde a déjà vu ton travail. Du coup, je voulais un peu commencer ce podcast en peut-être parlant d’une de tes œuvres, peut-être les plus caractéristiques de ta pratique et te demander de poser des mots du coup sur ce travail là ?
[00:02:23.640] – Amine Habki
Non. Carrément. Déjà, merci, merci énormément pour pour ce moment là et… Et je vais très très bien. C’est un début en effet assez intense mais hyper gratifiant, donc je ne peux que continuer et je m’amuse donc franchement c’est du kiff quoi. Et donc je peux du coup parler de mon travail dans un premier temps.
[00:02:52.610] – Camille Bardin
Oui, carrément ! Je me disais que ça pouvait être bien. Moi ce que j’aime bien des fois quand je vais dans les ateliers des artistes, c’est quand on tombe sur une œuvre et que l’artiste me… Un peu m’explique du coup tout le process en partant de cette œuvre là. Et du coup je me disais si on faisait ça à partir d’une œuvre qui est un peu caractéristique de ton travail, les gens pouvaient un peu mieux te situer et comprendre ce que tu faisais.
[00:03:12.860] – Amine Habki
Carrément. Et bien je pense qu’il y en a plusieurs. Mais en ce moment, par rapport là où je me où je me dirige, je pense que ce serait Strongly loose. Donc Strongly loose c’est un rideau en macramé que j’ai trouvé en fait dans un dans un magasin qui s’appelle Nadia. C’est un des premiers magasins où j’ai commencé à acheter des.. Tout ce qui est textile et tout. Enfin, c’est un magasin en mercerie qui est archi pas cher, qui est dans ma banlieue, pas loin de Cergy et… Et en fait ce rideau là, ça me fait beaucoup penser aux rideaux qu’il y avait chez ma grand mère, chez mes tantes. Enfin voilà, dans des espaces familiers. Et en fait, j’ai toujours trouvé de manière générale, que ce soit les rideaux, les canapés ou plutôt les seddari. Donc c’est des canapés qu’il y a beaucoup au Maghreb notamment. Et en fait, tous ces objets là, c’est des objets que j’aime contempler et que j’ai toujours contemplé, tout simplement parce que concrètement, je m’ennuyais chez ma famille. Je suis issue de la troisième génération de l’immigration. C’est important à dire parce que du coup, quand j’arrivais dans ces endroits là, il y avait un peu une sorte de découverte avec quelque chose qui était totalement décalé de ma réalité. Et en fait c’était vraiment des environnements temporellement en fait, qui appartenaient à une époque et à une culture que je fréquentais pas souvent du coup. Et mes parents en fait non pas ont pas eu le temps de m’apprendre à parler en arabe, en darija notamment. Et du coup, c’est vrai que je m’ennuyais beaucoup parce que du coup j’étais avec des adultes qui parlaient de trucs d’adultes et partiellement dans une langue que je comprenais pas. Et donc c’est vrai que avec mes frères, bah on jouait sur le tapis, on jouait sur les canapés et tout. Et en fait bah en fait c’est un moment où je regardais les motifs et j’étais super super attiré par la matière, les franges, les froufrous. Enfin quand j’étais petite et mes tantes, elles venaient, je m’asseyais au dessus et je leur coiffais les cheveux, je regardais leurs colliers, enfin tout ce qui était… J’étais très attirée, un peu comme les pies avec avec tout ce qui brille. Et moi c’était c’était…
[00:05:35.750] – Amine Habki
Les parrures…
[00:05:35.990] – Amine Habki
Ouais, voilà, c’était ça. C’était les parures, la broderie, les perles, enfin tout ça, c’était vraiment pour moi une sorte de de langage qui allait compenser avec le manque justement de langage littéral, de la langue. Et c’était une manière pour moi de me sentir ancr à ce moment familiale. Et en fait, c’est vrai que du coup, quand tu regardes ces objets là qui ont fait des motifs abstraits de part justement la contemplation de ces objets, on se retrouve à avoir des formes humanoïdes au même titre quand on regarde le ciel et qu’on voit les nuages et qu’on commence à apercevoir des formes où même avec les étoiles, il y a vraiment ce truc là de comment, comment. Quand tu t’ennuies, tu vois des choses que t’aurais pas, t’aurais pas soupçonné quoi. Et. Et donc du coup, j’ai toujours voulu de plus en plus investir dans ces objets là, parce que du coup, ils avaient une richesse et une composition graphique qui était déjà en fait établie et dans laquelle moi j’aurais pu après intervenir. Et donc moi j’interviens avec en plaçant des corps. Le travail de figuration, c’est un travail que j’ai commencé aux Beaux-Arts. Je dessinais énormément.
[00:06:44.930] – Camille Bardin
Ouais, t’as commencé par le dessin !
[00:06:45.980] – Amine Habki
Ouais, c’est ça. Je dessinais énormément depuis tout petit, j’étais trop fan de dessins et de peinture et après un moment, j’étais beaucoup plus sur la pastel gras et en fait la pastel gras. Il y a quelque chose de très 2D et en même temps, comme c’est comme c’est une matière grasse et un tout petit peu de reliefs. Et donc du coup, en fait, il y avait des traits qui étaient filandreux. C’était comme une invitation à amplifier justement ce tout petit relief qui n’était pas vraiment encore présent. Et donc du coup, j’ai voulu amplifier le relief avec justement des obsessions et des sensations du coup d’objets textiles. Voilà !
[00:07:21.560] – Camille Bardin
Et donc ça c’est vraiment pour le début de la manière dont tu es arrivé, du coup, à ces formes qui sont les tiennes, qui sont celles de ton travail. Et donc tu parlais de cette œuvre donc… Strongly loose ?
[00:07:34.850] – Amine Habki
Et justement Strongly loose, c’est du coup c’est un rideau en macramé blanc. D’ailleurs, c’est surprenant parce que c’est du blanc, je fais des couleurs très fluorescentes d’habitude et là c’est du blanc. Et en fait j’ai brodé une sorte de corps qui est en train de contracter ses bras, une sorte de forme un peu héroïque et tout. Et sauf qu’en fait je l’ai brodé déjà avec sur un matériel qui est hyper fragile, qui est du coup ce rideau en macramé et et en fait, enfin le rideau dans l’idée, tu peux passer à travers, c’est quelque chose que tu peux aussi ouvrir et. Et donc du coup, c’était un peu une sorte de symbole aussi, un peu qui vienne se contredire. Et même le titre anglais Strongly loose ben en en français c’est genre « fortement détendu » quoi. Enfin, il y a un truc vraiment de pour moi toujours d’intervenir dans ces contraires là, dans c’est justement dualités… Et en fait c’est pour moi une manière de réparer et de restituer des choses aussi, puisque justement je parlais de l’art, du fait que je représentais beaucoup des corps pendant mes études aux Beaux-Arts. Et en fait, cette représentation des corps, c’est venu d’un besoin, simplement de corps que je voyais pas. J’ai fait de l’histoire de l’art quand j’étais au lycée et en fait j’apprenais tous les codes de composition de comment rendre un corps sacré. Donc avec tout ce qui est l’art de la Renaissance, Primitifs Italiens, donc les figures sacrées. Et en fait du coup il n’y avait pas de figure sacrée qui me ressemblait. Elles étaient toujours dominées dans les compositions par par des corps qui étaient des corps d’hommes blancs et et. Et donc du coup, j’avais vraiment envie de moi de les remettre au centre de mes compositions et aussi de les remettre au centre de mon histoire familiale, de mes, de mes affinités et et au centre de la douceur tout simplement. Parce que du coup, comme je disais, ça, c’est un rideau, c’est une matière qui est souple et c’est aussi surtout un travail qui est connoté à un travail d’intime. Enfin c’est c’est un travail qu’on fait en intérieur, c’est un travail qui est aussi malheureusement beaucoup, imposé des fois même, à des femmes. Et donc du coup, c’est quelque chose qui va être connoté à quelque chose de moi, de de domestique, enfin de du foyer. Et moi, c’était important de remettre ces corps là dans le foyer, de remettre ces corps dans les intérieurs. Parce que l’intérieur, c’est le doute, l’intérieur c’est la fragilité et c’est le repos aussi. Et en fait, moi j’en ai marre de voir ces corps toujours dans des images dures, dans des images violentes. Et donc là, je les repose justement dans des rideaux, dans des canapés, dans ce genre d’espace.
[00:10:27.780] – Camille Bardin
Et dans ton travail, comme tu le disais. Du coup, on croise une multitude de figures, on pourrait avoir envie de croire que celles ci sont des sortes de fragments de ta personne, mais je crois que tu préfères parler d’avatar. Je me demandais du coup qui sont toutes ces ces personnes qui habitent tes œuvres ? Parce qu’il y a ces figures et en même temps, enfin, tu as employé le mot « dualité » qu’on va encore convoquer pas mal de fois. Mais voilà, je me disais est-ce qu’on peut les identifier ? Est ce que c’est juste une figure archétypale ?
[00:11:01.080] – Amine Habki
Je pense que c’est un mélange de plein de choses. Du coup, comme je disais, le rapport à l’image, il est assez biaisé de mon départ à moi et donc du coup tu vois beaucoup d’images, par exemple sur internet, etc. Et sur les réseaux sociaux. Et donc en fait, je pense que c’est un mélange d’une projection d’un corps que justement je voyais soit sur internet ou que je voyais dans mon environnement et en fait, ouais, c’est un mélange et j’ai tendance à dire que c’est aussi le corps de toutes les personnes qui se reconnaissent dedans. Et justement, c’est pas un corps qu’a visage, on voit très rarement le visage parce qu’il y a vraiment cette envie pour moi de rentrer dans un truc où c’est, oa c’est qui t’as envie que ce soit. Genre c’est c’est un corps collectif mais qui témoigne aussi d’un départ qui est le mien et du coup quelque chose introspectif. Et en effet, je trouve qu’avatar c’est le bon terme parce que c’est, c’est vraiment cette idée là que c’est un corps fictif, mais qui est généré par un vrai corps et des réalités qui sont aussi réelles.
[00:12:11.040] – Camille Bardin
Plus qu’élaborer, du coup, un travail autobiographique, ce qui reviendrait sans doute à te demander « qui suis-je ? » J’ai l’impression que la question que tu te pose inlassablement c’est « Qui est-ce que je ne suis pas ? » C’est vraiment… Je postule des trucs, donc tu as le droit de me contredire, évidemment ! « Qui est-ce que je ne suis pas ? », « Qui est-ce que je ne suis pas devenu ? » Etc. Comme je le disais, on va beaucoup parler de dualité dans cet entretien, mais j’ai aussi l’impression que ce que tu crées, ce sont des mondes parallèles, que tu esquisses une multitude de possibilités de ce que tu aurais pu être.
[00:12:45.990] – Amine Habki
Ouais, en effet, la question de « qu’est ce que je ne suis pas ? » Moi, c’est un truc qui me suit tout le temps, que ce soit ici en France avec la question du bonhomme et que ce soit au Maroc avec la question du Rajel. Donc du coup c’est un peu la traduction du bonhomme, avec quand même une connotation aussi d’homme respectable, respectueux et pieux, mais qui en fait… Enfin ça, ce mot, tu vois qui en fait il a, il a, il a beaucoup de limites. Enfin c’est, c’est de base, ça veut vraiment dire homme, mais ça, ça veut dire aussi une idéologie.
[00:13:22.710] – Camille Bardin
C’est un peu comme genre le « père de famille » le « bon père de famille », un truc genre oui, sur le papier ça paraît très bien, mais en fait tu vois les limites assez rapidement quand tu creuses un peu quoi.
[00:13:31.650] – Amine Habki
Et en fait, quand tu grandis en tant qu’homme, on te projette du coup souvent ce truc là, il faut être un bonhomme. Et je me disais mais c’est quoi ? C’est quoi être un bonhomme ? C’est quoi une armure ? C’est quoi ? Pourquoi sur des armures il y a des fleurs martelées, par exemple sur les armures des gladiateurs ? Et qu’est ce que ça veut dire ça aussi ? C’est vraiment ce terrain là que j’aime explorer en fait. Comment dans l’apogée, dans le dans des terrains où en fait ces corps sont vraiment dans leurs performances. Moi je vais réussir – essayer en tout cas – de prendre un détail qui va venir un peu contredire ça. Par exemple, je sais pas… Ben des boxeurs, ils ont des shorts satinés et du coup la lumière sur le podium, ça fait des choses hyper belles. J’ai vraiment plein d’exemples comme ça quand j’étais petit et que le premier match de foot, forcément, on m’a inscrit au foot direct quand j’étais petit. Je pense que je l’ai aussi demandé, mais je l’ai demandé du à une pression aussi. Parce qu’en fait, à la récré, c’était soit ça, soit tu fais des chorégraphies avec tes copines. J’ai clairement choisi Spoiler Alert…
[00:14:44.060] – Camille Bardin
J’ai fait de la danse classique à un moment donné aussi, on a tous été réduit ça à un moment donné donc…
[00:14:49.640] – Amine Habki
Donc spoiler alerte. Forcément, j’ai fini par faire des chorégraphies avec mes copines évidemment.
[00:14:55.010] – Camille Bardin
Et moi j’ai fini par faire du foot hahaha. Voilà, donc tu vois.
[00:14:59.030] – Amine Habki
Et du coup, c’est donc quand je faisais du foot. Bah en fait, je voyais que même quand j’étais dans ces moments là, moi j’arrivais à tourner le truc à mon avantage. Du coup, premier match de foot, j’arrive. Bah on me demande ce que je veux faire et tout. Moi je m’en foutais, je voyais qu’il y avait des chasubles rose fluo qui étaient beaux. Même quand je me rappelle avec ma mère, on était allé dans les magasins pour acheter les équipements et tout. Moi dès que je voyais des trucs avec plein de couleurs et tout, moi j’étais à fond. Et en fait, de toujours regarder ces milieux là avec un regard qui est celui de quelqu’un qui voit les formes et les couleurs et qui est obsédé par ça. Et donc du coup, j’ai toujours représenté donc ce truc là de corps que… Parce que quand tu as dit : « ce que je sais des corps que je ne suis pas… » [hésitation]
[00:15:55.180] – Camille Bardin
Je ne sais même plus pourquoi j’ai fini par formuler cette question ! Mais en fait, c’est vraiment de l’ordre du… Je pense que c’est un ressenti qui a dû me traverser quand on s’est vu du coup à la galerie…
[00:16:06.880] – Amine Habki
Ben je pense, parce que je déploie aussi des corps qu’on a l’habitude de voir dans des contextes qui ne sont pas ceux que je déploie. Donc du coup, la question de choix de quelque chose qu’on ne veut pas être en vrai, je la trouve super cohérente parce que du coup c’est vrai que je vais montrer des corps auxquels je corresponds pas toujours et que du coup je vais réussir à ramener à des formes qui, elles me ressemblent. Du coup, par exemple, j’avais fait un punching ball justement que tu avais pu voir aussi. Et en fait, ce punching ball genre il a v’la les abdos. Évidemment, moi j’ai pas vl’a les abdos, genre il a…
[00:16:52.900] – Camille Bardin
Hahaha ! Non mais surtout qu’il en a 46 ! Hahah
[00:16:53.440] – Amine Habki
Ouais… Je crois qu’il en a douze. Hahah !
[00:16:56.500] – Camille Bardin
Ouais voilà !
[00:16:56.920] – Amine Habki
Je crois qu’il a douze abdos. Et c’était vraiment justement une réponse de dire moi « je veux pas, je veux pas avoir, je veux pas avoir ce truc là. » Mais par contre je veux bien le montrer parce que je veux bien justement pousser la limite de ces abdos là. Parce qu’en vrai, les abdos, c’est un symbole assez assez fort justement dans la masculinité. Et c’est du coup, en fait, de par la duplication de ces abdominaux, j’en crée un motif et ce motif, du coup, il va devenir totalement burlesque et ça va questionner justement les limites, les limites et les possibilités en fait de ce corps qui se métamorphose en une sorte de punching ball slash traversin de literie. Parce que du coup, moi je le brode, enfin je fais des abdos, mais c’est avec de la laine et c’est rembourré de mousse. Enfin, c’est plus un truc que tu as envie de faire des câlins plutôt qu’un truc que tu as envie de frapper quoi. Et du coup, j’aime à dire qu’en vrai, je suis un peu comme une Circé, genre j’arrive…
[00:17:52.240] – Camille Bardin
C’est tellement chic !
[00:17:52.780] – Amine Habki
Hahaha ! Genre je vais transformer des corps dans la condition qu’on va leur attribuer, mais en fait, d’une certaine manière qui fait qu’en fait on voit la limite de cette condition même. Je sais pas si…. si on suit.
[00:18:10.870] – Camille Bardin
Mais complètement ! Genre même dans ce truc des abdos, tu vois, tu en as douze, donc de fait, tu sais que c’est inatteignable !
[00:18:15.400] – Amine Habki
C’est ça !
[00:18:15.790] – Camille Bardin
Et en même temps donc tu montres la limite et en même temps tu pointes du doigt une autre possibilité, tu vois.
[00:18:20.770] – Amine Habki
Voilà. Et je trouve ça assez beau. Et je pense que je me disais mais pourquoi j’ai posé cette foutue question de « je ne suis pas et tout ? » Et je pense que c’est vraiment dû à cette dualité en fait. Et je pense que la question m’est venue notamment toujours à la galerie. J’ai vu… Donc il y avait une de tes œuvres où en fait tu as deux hommes qui sont dos à dos et qui montent, qui gravissent une montagne. Et là je me suis dit « oh là là ! Mais en fait ça doit être d’un côté genre enfin je sais pas, il y a l’idée de chemin, de tu vois, de chemin qui se, qui se divise, etc. » Et du coup je me suis dit « ça se trouve d’un côté c’est celui qui voulait être et celui qui n’est pas, celui qu’il ne sera jamais celui qui l’est… » Enfin je crois je suis parti… Des fois on analyse des trucs et c’est juste nous et notre regard et ce qu’on projette. Mais je pense que ça vient de là.
[00:19:13.360] – Amine Habki
Mais c’est trop bien comme interprétation. Et d’ailleurs c’est tout aussi bien parce que du coup ça veut dire que mes images elles sont pas didactiques. Et moi c’est hyper important pour moi justement d’être dans des images hyper hyper métaphoriques. Et donc du coup, de par cet aspect assez fantastique, tu peux voir plein de choses. Et du coup pour cette pièce là, donc en effet, c’est deux corps en fait qui essaient de monter chacun respectivement une falaise, sauf qu’en fait ils sont accrochés donc du coup…
[00:19:44.860] – Camille Bardin
Ils dépendent l’un de l’autre.
[00:19:44.950] – Amine Habki
C’est ça, donc en fait, personne peut monter parce qu’à un moment donné où la falaise devient trop, trop large et en fait le fossé devient trop large et donc forcément, ils sont, ils sont, ils sont bloqués et c’est un peu… Il y a un peu un dédoublement dans mon travail physiquement qui se fait parce que je parle beaucoup de la question du manque dans mon travail. Pour moi, le manque il est assez polysémique. D’où l’idée de ne pas faire une image didactique parce que ça parle de plusieurs choses. Et le manque c’est tout simplement le manque justement lié à des quêtes identitaires et non une quête identitaire. Parce qu’en fait je corresponds à plusieurs identités. Et donc du coup, comment chercher justement un espace justement d’entre deux ou entre plusieurs choses et en fait voir que c’est impossible. Ou en tout cas, c’est hyper dur. Et c’est aussi tout simplement la question du manque du corps de l’autre aussi qui est hyper présente dans mon travail et un peu ce truc qui traverse, que ce soit la mythologie grecque ou aujourd’hui toutes les religions polythéistes et monothéistes, en tout cas principalement les religions monothéistes. C’est ce truc là de l’âme sœur en fait, qu’on va trouver à un moment donné dans notre vie. Et donc du coup j’aime beaucoup un peu symboliser ce dédoublement, comme si en fait il y avait deux corps qui en fait n’arrive jamais à faire symbiose quoi.
[00:21:16.720] – Camille Bardin
Je crois que ce qui me déstabilise le plus dans ton travail, finalement, c’est le silence. C’est d’abord à cause de toutes ces figures dont on parle depuis tout à l’heure. Elles se complètent, se toisent, rivalisent entre elles, mais restent toujours très silencieuses finalement. Tu disais par exemple qu’elles n’avaient pas de visage vraiment à proprement parler, ce qui participe, je pense aussi au fait qu’elles soient silencieuses. Si bien que j’ai souvent l’impression de regarder quelque chose que je ne devrais pas voir, que je ne devrais pas être en train de regarder. Et aussi, je ne peux pas m’empêcher de penser au temps que tu dois mettre dans la confection de tes œuvres, notamment parce que la broderie fait partie de ces pratiques qui mènent à la méditation, à la prise de recul. Et donc je suis très intimidée par le fait d’imaginer toutes les sensations qui ont dû te traverser au moment de la conception de chacune d’entre elles. J’imagine toute la charge émotionnelle que tes broderies portent en elles. Et finalement, je me dis que ce silence, c’est une sorte de faux silence. À l’inverse, tes œuvres, je les trouve très bruyantes. Simplement, je n’ai peut être pas encore la possibilité du coup de décrypter justement tout ce qu’elles veulent dire. Et voilà, c’est le moment où je pose pas vraiment de questions mais que je te lance juste sur un truc…
[00:22:31.870] – Amine Habki
Ouais, bah par rapport… Bah déjà, merci beaucoup pour toutes ces ces réflexions que tu m’apportes aussi autour de mon travail, ça me touche vraiment. Et du coup, par rapport au silence, en effet, il y a un peu une sorte de jeu défeuillages que j’aime bien, qui me stimule. Dans le sens où en fait je vais parler de choses introspectives, donc forcément intimes et du coup passer par des formes métaphoriques, et comme je disais, des choses fantastiques, ça me permet d’autant plus de moi de me protéger et de ne pas forcément tout dire. Parce que c’est forcément moi, comment je me positionne face à ça. Et c’est aussi une manière aussi de, ben en fait, comme je disais, de ne pas être dans une image didactique et de pouvoir parler de plein de choses aussi en même temps dans une image. Et d’évoquer du coup plein, plein de sentiments et de vraiment me sentir justement en accord avec tout ce que ça pourrait évoquer. Et ce silence, il est aussi du à une envie de pudeur, une envie de retourner vers quelque chose justement de de de calme. Cette idée de créer des paysages très très calmes dans leur. En tout cas dans l’expression des corps. L’idée de remettre des hommes aussi en tant que muses, ce que les muses en fait, elles ne sont jamais bruyantes, elles sont toujours en train de poser. Et les Muses, généralement dans l’histoire de l’art, ça a été des femmes et. Et du coup, moi je remets des hommes et en fait c’est pas en l’occurrence, c’est pas un silence qui est contraignant, c’est un silence qui est une zone, une zone de repli, une zone de repos. Parce que comme je disais, c’est en fait j’étais toujours habituée à des formes assez dures. Et justement là, j’ai découvert il y a un an le travail de Jacks G. Shaheen qui est en un journaliste. Je pense qu’on peut dire sociologue aussi américain et qui a fait un livre et du coup un documentaire par la suite qui s’appelle Reel Bad Arabs : How Hollywood vilifies a People. Et donc ça parle des processus d’image violente que Hollywood a généré, des ajustements de ce qu’on peut appeler l’Arab Land, où il y a des hommes qui se battent, il y a des hommes qui sont dans la masse, vraiment, la massification aussi, et quelque chose qui est très bruyant, avec une langue en fait, qui n’existe même pas parce que, en fait, ils sont pas du tout, pas du tout dans quelque chose de… Il n’y a pas de recherche en fait, il n’y a pas une volonté de refaire, de travailler une mémoire. Et donc du coup c’est quelque chose de très grotesque, burlesque et violent. Et en fait ils parlent de pleins de films avec lesquels finalement j’ai grandi parce qu’il analysé 1000 films et donc forcément, dans tous les films dont il parle, il y en a où j’ai grandi. J’étais en mode : « Oh waouh, c’est ça, c’est les hommes qui sont comme moi, c’est les hommes auxquels je devrais aspirer quoi ? » Et en fait, tu te rends compte que ouais, c’est un héritage de l’orientalisme et c’est en fait une sorte de violence qu’on fait perdurer dans ces images là et aujourd’hui en France, Parce que là je parle d’Hollywood mais aujourd’hui en France, ça peut se retraduire avec les médias, avec les photos qu’on retrouve sur tous les médias…
[00:25:59.820] – Camille Bardin
Et le cinéma français ! Tu as toujours genre l’arabe qui est soit un dealer, soit un mec…
[00:26:04.140] – Amine Habki
C’est ça, c’est ça. Et du coup en fait moi c’est des espaces qu’en fait déjà on spatialise… On situe très difficilement. On sait pas si c’est une chambre, on sait pas si c’est un jardin, on sait, on n’en sait rien. Et en fait c’est une sorte de zone de repli. J’avais appelé cette série là qui est très actuelle. J’en ai plus, j’ai plusieurs séries et celle là, ça appartient au « Temple des corps manqués ». Et donc le « Temple des corps manqués » c’est en fait un espace où justement ces hommes se reconnaissaient pas dans toutes ces projections là, et ils ont eu envie de devenir en fait un refuge à eux mêmes et épouser des architectures. Parce que justement ils sont venus avec des lacunes et des manques physiques que je traduis dans des images ou en fait les voûtes d’une porte, elles vont s’assembler avec les côtes et un abdomen. Enfin, il y a vraiment cette idée de recréer un espace totalement hybride et totalement décloisonné d’un temps, d’une époque, d’un contexte. Avec quand même des indices, évidemment, mais c’est un espace imaginaire où en fait, ils habitent et ils deviennent l’architecture de ce bâtiment. Peut être que je peux lire si tu veux ?
[00:27:27.540] – Camille Bardin
Carrément !
[00:27:28.830] – Amine Habki
Parce que du coup, je t’avouerais que je compose beaucoup mes images. Comme je disais, je parle beaucoup de métaphores et de poésie. Et en fait je commence souvent par écrire et en écrivant, ça va me donner des images. Et quand je vais faire ces images, ces images, elles vont me donner des mots. Et donc il y a une sorte d’alimentation très réciproque qui est assez autonome au final. Donc du coup, le Temple des Corps… Donc c’est des textes qui sont très rapides, mais en fait ils vont générer des images, mais à foison quoi. J’abuse à foison, mais ils vont me générer plein d’images quoi. Donc… [Il commence à lire ] Le corps comme un temple, un lieu où ils errent à la recherche d’un bout d’eux-mêmes, comprendront-ils qu’ils sont condamnés à se convoiter, contempler mutuellement ? Car dans l’autre réside des réponses à leur désir. Un autel où le vide est sacralisé. Ils sont naufragés ici, car on les a noyés de haine le jour où ils ont posé trop de questions. Entre ces murs, ces hommes ne sont plus soumis au temps. Les années passent et les résidents perdent progressivement leur enveloppe charnelle pour devenir une silhouette opaque et colorée. Une fois devenue couleur, ils se cristallisent pour ensuite s’imbriquer dans l’architecture et la végétation environnante du Temple. [Il arrête de lire] Donc donc voilà, c’est vraiment cette idée là, et c’est aussi un héritage aussi des arts islamiques aussi parce que du coup, dans les arts islamiques, il y a eu une sorte de virtuosité dans l’abstraction, dans les formes. Et malgré toutes les controverses qu’il peut y avoir sur la question de la figuration de l’islam qui justement moi me pose beaucoup de questions aujourd’hui parce qu’en fait c’est beaucoup, beaucoup plus compliqué que ça en a l’air. Et donc du coup, pour moi, c’était aussi l’idée de dire qu’en fait, les images, les corps, ils existent même dans la virtuosité d’une arabesque. Et en fait, je peux ramener aussi des décors à cet endroit là. Et aussi dans un second temps, les iconographies musulmanes et sacrées, elles existent aussi. C’est juste qu’en fait, la manière de classifier les savoirs en Europe, on fait que ça a été quelque chose de totalement effacé et ça a aussi été effacé du côté du monde arabe pour des raisons politiques et qui sont très très complexes. Donc j’arriverais peut être pas à simplifier, à articuler ici, mais en tout cas, ce qui m’a fait du bien, c’est de savoir que, en fait, il y a des images qui existent et même enfin des images, des figures, de la figuration. Et même quand il n’y en a pas, dans les motifs, on peut les retrouver. Et donc quand je dis qu’ils deviennent l’architecture et la végétation, c’est vraiment de se dire que même un corps ça peut pas être un corps anatomique, ça peut être aussi un corps métaphysique. Parce que en fait, finalement, notre corps, il se prolonge dans une architecture…
[00:30:32.550] – Camille Bardin
Complètement, l’architecture devient aussi une enveloppe…
[00:30:34.380] – Amine Habki
Exactement. Voilà.
[00:30:36.690] – Camille Bardin
C’est très intéressant. Et du coup c’est parfait que tu parles aussi d’espace parce que c’était la question qui arrivait. Parce que quand on a discuté de ton travail en décembre dernier, j’ai eu la sensation qu’un des fil rouge de celui-ci… C’est marrant parce qu’encore une fois, tu n’en parles pas du tout. Mais je sais pas, c’est ce que j’ai ressenti devant tes œuvres. Ou peut être au delà du fil rouge, peut être plus : son cadre spatio-temporel, c’était la chambre d’ado, là où souvent on entame notre construction, là où les doutes, les peines de cœur, les déceptions nous traversent. Et du coup, je me demandais quelle place et quel impact tu donnerais à cet espace-temps qu’est la chambre d’ado dans ton travail ?
[00:31:17.700] – Amine Habki
Non, je pense que tu ne t’es pas du tout trompée parce que comme je t’avais dit au début, je parle beaucoup des enfants. J’ai beaucoup été stimulé justement par les coussins, les tapis, les rideaux qui étaient chez mes tantes, mes grands mères. Comment l’intérieur intervient avec le corps, c’est quelque chose qui m’a toujours intéressé. Et la question d’être dans quatre murs aussi, c’est quelque chose qui toujours me stimule. Et donc du coup, c’est vrai que pour moi, la chambre d’ado c’est hyper important. Déjà, tout simplement, parce que ça a été mon premier atelier. Je pense que pour plein d’artistes, la chambre d’ado c’est évident, c’est le premier endroit où tu où tu crées. Et je parlais de la question de l’ennui et la chambre, c’est un des endroits où tu t’ennuies beaucoup aussi, donc tu peux créer des images et surtout aussi… C’est là que je vois que tu ne t’es pas du tout trompée parce qu’en fait, là, en ce moment, je suis en train de faire un projet qui parle d’un lit justement, qui est un lit d’adolescent. Et j’essaie en ce moment de questionner justement les frontières de l’arène. Alors l’arène au sens l’arène des gladiateurs…
[00:32:37.830] – Camille Bardin
Oui, par la reine et le roi !
[00:32:38.520] – Amine Habki
Parce que pour moi c’est un peu une sorte de symbole pour parler des territoires où tu performes le viril. Et du coup, pour moi il y a des arènes partout, genre quand tu vas à la salle, quand tu es dans un espace où il y a plein d’hommes, il y a plein d’arènes en fait partout, qui sont pas nommées comme des arènes, mais en fait c’est des espaces où il y a vraiment cette performance de la virilité. Et en fait, la chambre, c’est justement un moment qui est totalement décloisonné de tout ça, parce qu’en fait elle est entre quatre murs et il n’y a personne qui te voit à ce moment là. Donc c’est un peu un moment où tu peux respirer, tu peux justement enlever cet attirail, toutes ces armures et ces carapaces. Et justement, quand tu es ado et surtout que moi… Je suis l’aîné de petits frères. Et il y avait ce truc où il fallait avoir quand même une certaine street cred… Là où j’ai grandi et tout. Et donc y-a ce truc aussi de ne pas trahir aussi une image pour sa famille, pour une communauté, qu’elle soit résidentielle ou peu importe. Mais en tout cas voilà, il y avait ce truc de ne pas trahir une des communautés. Et donc quand j’étais chez moi et que j’arrivais dans ma chambre, j’étais trop content parce que c’était le moment où je m’en foutais de comment j’étais sur mon lit. Enfin, tu sais, c’est bête, mais tu peux t’asseoir avec les jambes croisées alors que tu vois pas souvent les hommes avec des jambes croisées. Enfin même, ils font des gros mansplaining, ils aiment trop écarter leurs jambes pour rien. Enfin bref. Mais du coup, c’est un moment où tu peux t’autoriser justement la douceur, lâcher prise. Et du coup, forcément, ça crée des formes. Et donc dans ce projet là, je parle de la question des frontières. Je veux vraiment rassembler et créer une sorte de nos zones où on ne sait plus si c’est justement là où on performe la virilité, ou là où on arrête de performer. L’idée c’est que ce projet qui tourne autour de l’arène, je l’ai appelée l’arène des échoués. Et donc, ça se tourne sur justement ceux qui perdent, enfin les personnes qui refusent, qui abandonnent. Je me questionne beaucoup sur : à qui tu dis au revoir avant d’aller performer et qui tu revoies quand tu as fini et de quoi tu rêves avant d’aller performer et de quoi tu as peur, enfin vraiment, d’instaurer une zone où tu peux te permettre les doutes. Et donc le lit, je trouve que ça représente bien ça. Parce que dans le lit, il se passe plein plein de choses, on réfléchit beaucoup, on rêve beaucoup. Et là je suis en train de faire une sorte de ring, un mélange entre un ring et un lit. Cela s’appelle « Under the bed » et c’est une référence à l’expression British « under the closet » justement, qui parle de la question de l’affirmation de soi-même sur plein de prismes, mais notamment sur les prismes queer. Et Under the bed, c’est un peu aussi un mélange avec le monstre sous le lit. Et là, le monstre sous le lit, c’est moi. Et l’idée en fait, c’est de faire un ring mélangé à un lit. Donc du coup, toujours dans cette idée de vouloir adoucir des infrastructures sportives, des espaces où justement on ne va pas permettre, ou du moins on va invisibiliser des touches esthétiques qui sont parfois présentes mais qu’on ne remarque pas forcément. Et donc comment, avec des embrasses, de la passementerie etc. Je peux, comment dire… Rendre quelque chose de glam ? Donc l’idée c’est de faire ce lit là, mais toujours que ça reste un ring, un espace qui est dur. Et l’idée c’est que en dessous de celui là, pour la première fois il y ait une vidéo. J’avais fait de la vidéo mais de manière très modeste et très très timide à un moment pendant mes études. Et donc j’aimerais bien remettre de la vidéo. Et l’idée c’est qu’en fait il y a une sorte d’ouverture parce que du coup le lit c’est comme une sorte de, comment dire… Le drap l’enveloppe totalement, du coup tu vois pas ce qui se passe en dessous. Et l’idée qu’il y ait un endroit où il y a une ouverture. Et en fait sur l’ouverture, il y aura une photo de moi et cette photo de moi, elle est très très importante parce que c’est une photo qui a été très très très refoulée, que j’ai caché dans ma chambre d’ado pendant très longtemps. Et cette photo, c’est moi avec une poupée, une sorte de Barbie avec plein de couleurs et en fait elle représentait tout ce que moi j’étais pas à ce moment là. J’en parle dans un texte si tu veux, peut-être que je peux te lire un extrait ?
[00:37:59.980] – Camille Bardin
Tu sais, pour moi c’est des cadeaux, quand tu lis des textes, donc jamais je refuserais !
[00:38:03.730] – Amine Habki
Avec grand plaisir. Alors du coup, ce texte là je réfléchis encore à une manière de le ramener. Mais il fait référence à cette photo là. [Il commence à lire] Tous tes souhaits deviendront tous vrais. C’est pas une histoire de génie de la lampe comme Aladin, c’est l’histoire d’un enfant qui s’est laissé emporter par ce qu’il aime : la quête des couleurs et des formes de ce qui à ses yeux était beau. Un jour, ce jeune garçon est pris d’obsessions pour une poupée. Elle était colorée et incarnait le contraire de celui qui la convoitait. Il a, par tous les moyens, négocié pour l’obtenir, sans même savoir que son combat commença à ce moment précis. Sa mère voyait la détresse de son fils. Elle succomba. Il a réussi à rentrer avec son trophée, sans même imaginer que certains le voyaient porter un fardeau. Aussitôt rentrée, aussitôt déballée. Cette poupée était parlante. Elle répéta en chantant jusqu’à que ses piles soient usées. Tous tes souhaits, deviendront tous vrais. Une phrase prophétique, car pour l’instant, elle n’a jamais eu tort. Mon seul regret est d’avoir pensé, comme les autres, qu’elle représentait un poids. Je l’ai détruite et j’ai déchiré toutes les photos. Je jouais avec elle. Je ne sais plus à quoi elle ressemble, mais ces photos résonneront toujours. Merci.
[00:39:21.140] – Camille Bardin
Oui, c’est vraiment genre… « Tous tes souhaits seront exaucés » c’est ça ?
[00:39:24.770] – Amine Habki
Ouais, c’est ça ! Quand j’appuyais sur une guitare, parce je fais de la guitare aussi, mais bon, c’est une autre histoire. Mais quand je joue de la guitare, je pense à elle. Parce que quand tu appuyais sur sa guitare, elle chantait ça et moi je savais pas qu’elle était parlante. Enfin j’ai pas lu, je savais pas lire donc je savais pas qu’il y avait écrit poupée parlante et du coup j’étais hyper content et hyper rassuré comme ça m’avait rassuré du choix que j’avais fait. Et du coup ce que j’ai expliqué c’est que j’ai plus de photos avec cette poupée là. Mais j’ai quand même une photo de moi qui me rappelle que je l’avais mais je l’ai pas sur la photo, elle n’y est pas. Mais du coup je vais en parler. Et comme je parle beaucoup de l’absence des corps aussi dans mon travail, enfin ça, ça fait sens aussi. Et comme je disais, je sais plus à quoi elle ressemble vraiment. Je sais qu’elle avait des mèches roses. Je pense que c’était un peu une punk 2000. Mais je ne sais plus à quoi elle ressemble, mais c’est vrai que ces mots… Tu as vu ? Je l’ai chantonné un peu parce que c’est comme ça qu’elle le disait quoi. Et l’idée c’est de mettre une photo de moi parce que comme je disais cette photo, je l’ai toujours cachée. Et à chaque fois je la retrouvais dans un truc, dans un album de famille…
[00:40:44.450] – Camille Bardin
C’est mystique quand même. Parce qu’elle te suit et derrière… Ça aurait pu juste être une poupée qui dit : « j’ai faim, j’ai faim maman, j’ai faim. » Tu vois ? Enfin, il y en a plein des trucs comme ça ! Mais là, « tous vos souhaits seront exaucés ! » Enfin, c’est quand même mystique de ouf.
[00:40:56.510] – Amine Habki
Ca fait un peu génie… Ouais ouais, de ouf !
[00:40:59.900] – Camille Bardin
Non, j’hallucine quand même.
[00:41:02.750] – Amine Habki
Merci beaucoup ! Et c’est vrai qu’à chaque fois je revoyais cette photo de moi avec cette poupée et je la supportais pas quand j’étais ado. Cette photo je la détestais et je crois que je l’ai déchiré. C’est un truc dont j’avais tellement honte que je me rappelle même pas de comment. Mais je sais qu’en tout cas, c’est quelque chose qui était dans ma chambre et qui était tout le temps caché, caché, caché. Et donc là, l’idée c’est que je mette une photo de moi petit au moment où je jouais avec cette poupée, parce que du coup je ne l’ai plus. J’ai essayé de la chercher sur internet mais j’ai jamais trouvé.
[00:41:38.000] – Camille Bardin
Oui, c’est ce que j’allais dire, faut faire un appel.
[00:41:39.830] – Amine Habki
Je l’ai jamais trouvé. Et du coup, l’idée c’est qu’en-dessous de ce ring, il y ait une ouverture qui montre cette photo avec en sous titre ce texte là qui dit « tes souhaits seront tous vrais. » Ça fait aussi allusion un peu au génie des Mille et une Nuits, mais c’est une sorte de réappropriation aussi parce que forcément, les codes orientalistes qui m’ont beaucoup, beaucoup agité, soit m’ont fasciné quand j’étais petit parce que j’avais pas les codes pour comprendre que c’était en fait une image hyper fétichisée et objective et qui a essentialisé des cultures. Et après quand j’ai grandi, j’ai compris. Les mythes orientalistes c’est toujours quelque chose qui gravite autour de nos corps et tout. Et donc du coup, forcément, il y a la question de la lampe, du génie et du mystique comme tu dis. Et donc ce projet là, j’espère le finir avant juin parce que c’est quand même une grosse instal et j’ai d’autres prod à côté. Et justement, pour revenir à la question de la production et du temps pour essayer un peu de faire des transitions…
[00:42:41.960] – Camille Bardin
Des transitions vers ma dernière question bravo, je te vois. Hahaha !
[00:42:47.180] – Amine Habki
Du coup en effet, ça prend grave du temps et c’est vrai qu’en fait visuellement on pense que c’est du Tufting. Le LeTufting c’est une technique avec un pistolet qui prend aussi du temps d’ailleurs, mais qui n’est pas aussi lente que ma technique. En fait. Moi c’est comme si je dessinais par pixel.
[00:43:01.910] – Camille Bardin
C’est vraiment une bonne image.
[00:43:03.140] – Amine Habki
C’est vraiment point par point, par point, par point. Je poinçonne dans la toile ou autre que la toile comme vous avez pu voir, en l’occurrence des rideaux macramé. Et donc du coup, ça prend vraiment du temps. Là je commence à aller plus vite parce qu’en fait, avant, ce qui a pris du temps aussi, c’est que j’avais pas de repère de conservation en fait. Parce que il y a de la peinture aussi dedans. Comme je disais, je suis encore lié à la peinture et donc je mets encore beaucoup de peinture dedans et du coup j’arrivais pas encore à maitriser cet entre deux, entre une matière qui adhère par exemple à l’application du gesso, etc qui est du domaine de la peinture et à une technique entre guillemets d’artisan qui vient intervenir sur une toile. Et donc maintenant que j’ai trouvé ça, je vais un peu plus vite, mais poinçonner à chaque fois point par point, ça prend vraiment du temps et c’est un temps qui me fait du bien au final parce que j’ai pas envie de faire des images trop vite à chaque fois. Enfin, je ne suis pas une poule, je ne vais pas pondre des œufs. Enfin en vrai c’est comme tu as dit, c’est hyper méditatif. Et en fait, ce qui est bien aussi, c’est que comme c’est un geste aujourd’hui que je maitrise de plus en plus la technique du punch needle et aussi notamment des techniques de broderie avec une aiguille basique aussi en fait. Du coup, ça j’ai beaucoup de moments de respiration où j’ai déjà mes traçage qui sont déjà fait et je sais où je veux aller et donc je peux broder tout en réfléchissant à autre chose. Justement en écoutant des podcasts dont justement tes podcasts ! Et donc, je peux écouter des podcasts, je peux réfléchir, je peux écouter de la musique et surtout aussi je peux projeter la prochaine œuvre d’après.
[00:44:49.310] – Camille Bardin
Oui, tu n’es plus juste dans la douleur de l’apprentissage quoi. Tu peux plus t’épanouir !
[00:44:53.150] – Amine Habki
C’est ça, c’est ça. Et puis en plus, j’ai quand même aussi la chance d’être… Moi je trouve que quand tu es artiste plasticien, c’est un peu comme le troisième groupe de l’infinitif, tu mets un peu ce que tu veux dedans et du coup j’ai la carte de l’artiste plasticien, du coup j’ai pas aussi. Enfin, j’ai pas la carte de l’artisan qui me mettrait énormément de pression. Parce qu’être artisan, c’est aussi correspondre à une charte. En fait, l’objet doit avoir certains critères. Et moi en fait, je m’émancipe de certains codes, de certaines techniques sur le plan artisanat, enfin je pense. Si je montre ça par exemple à des tapissiers ou quoi, ils vont rigoler.
[00:45:31.290] – Camille Bardin
Mais c’est pas l’enjeu ici !
[00:45:33.360] – Amine Habki
Et c’est pas l’enjeu justement parce que je fais partie justement de ce que j’appelle le troisième groupe de l’infinitif !
[00:45:36.600] – Camille Bardin
C’est marrant, jamais entendu ça ! C’est pas mal hahaha !
[00:45:41.460] – Amine Habki
Et aussi, il y a deux mots qui tombent souvent sur mon travail que je pose souvent sur mon travail qui sont perdurer et perdition. C’est des mots que j’aime bien parce que c’est des mots qui sonnent pareil mais qui veulent dire l’inverse et perdurer dans le sens où en fait je vais continuer à déployer ce que j’appelle des esthétiques inspirées d’un savoir-faire. Parce que je m’inspire d’un savoir-faire, mais je prends pas non plus tous les codes. Et perdition, parce que je vais m’émanciper aussi de certains codes pour créer des imageries et des récits nouveaux. Voilà. Donc c’est vrai que quand je produis, ça prend du temps. Mais ce temps me permet de penser à ce qui va arriver après et voilà. Et aussi, ce qui est bien, c’est que ma technique elle est transportable et du coup je brode même dans le RER et tout.
[00:46:53.010] – Camille Bardin
Ah ouais, c’est fou ! Mais c’est marrant parce que là je suis en train de me dire que j’ai l’impression que tu travailles comme tu réponds à cette interview. J’avais l’idée d’une spirale en tête mais c’est pas ça… Je suis même pas sûr que les auditeurices soient au courant, mais j’envoie systématiquement les questions en amont de l’épisode. Ce que j’ai fait là aussi avec toi. Et en fait tu as fait que des allers-retours… Tu répondais à la question que je venais de te poser et tu commençais déjà à répondre à la question d’après. Puis ensuite tu revenais… Tu as fait que des allers-retours comme ça entre les questions. Et du coup je trouve c’est marrant que ce soit de la méthodologie de travail à proprement parler au quotidien, parce que c’est vraiment ce que tu as fait là tout au long de cet entretien. C’est assez impressionnant. Et du coup tu as déjà introduit la dernière question de présente qui porte sur l’argent tout simplement, et sur les stratégies d’existence et d’épanouissement qu’on met en place en tant qu’artiste ou travailleuse du monde de l’art de manière générale. Du coup, je te pose cette fameuse question : Amine, est-ce que tu réussis à vivre de ton travail d’artiste ?
[00:48:03.570] – Amine Habki
Honnêtement, pour l’instant non. Mais c’est pas non plus quelque chose qui qui m’inquiète nécessairement parce que j’ai réussi à trouver de la stabilité ailleurs. Du coup, j’ai un 25 h dans un centre social tous les jours et du coup, c’est mon activité, enfin c’est mon activité salariale quoi. Je reçois ma paye tous les mois.
[00:48:33.370] – Camille Bardin
Un salaire fixe.
[00:48:34.090] – Amine Habki
Un salaire fixe, c’est ça. Et à côté, j’ai mes activités artistiques qui. Il y a l’activité principale qui est la vente et l’activité secondaire, qui sont les workshops, etc. Ce qui fait que j’arrive à un équilibre à la fin du mois où je m’en sors et que j’en suis plutôt satisfait pour l’instant. Après c’est vrai que moi, quelque chose que j’ai envie quand même de poursuivre, c’est la recherche. J’aimerais bien avoir un temps où en fait je travaille pas du tout. Justement au moment où je parle de l’histoire de l’art islamique, que justement je suis vraiment en train de décrypter et d’essayer de décortiquer via plein plein de chercheuse notamment comme Silvia Naef, Oleg Grabar, etc. Et en fait, je sens que j’ai besoin vraiment d’un espace temps plus long pour faire ça, mais c’est pas non plus urgent. J’arrive à quand même trouver du temps pour la recherche, mais c’est vrai qu’à un moment j’aimerais bien avoir une résidence pour vraiment juste faire ça. Et par rapport à mon travail au centre social, moi ça me fait du bien aussi de le faire parce que pour moi il y a beaucoup de choses qui vont démarrer dans des infrastructures sociales, notamment les maisons de quartier, etc. Quand j’étais petit et dans une des arènes que j’ai pu côtoyer, qui était en bas de chez toi, on jouait au foot. Moi concrètement, j’avais le pied carré, encore pire je pense. C’est un hexagone ! Genre vraiment, je suis trop nul au foot quoi. Et du coup, bah forcément, je m’ennuyais. Encore une fois, l’ennui reviens. Et t’avais les petites dames trop mignonnes de la maison de quartier qui venaient nous dire on fait un atelier collage ou un atelier perle et tout et moi j’étais en mode vas-y, je vais enfiler des perles, et du coup dans ces espaces là, je me disais ah mais attends, t’étais peut être pas nul partout. En fait c’est un endroit où je me sens vraiment, vraiment bien. Et du coup c’etait vraiment un espace de découvertes aussi, où j’ai pu vraiment explorer des techniques qu’on n’avait pas forcément le temps d’aborder à l’école aussi parce que l’école met pas vraiment l’accent sur les arts plastiques, bien sûr. Et donc du coup, voir les enfants aujourd’hui se révéler, se trouver des talents et tout ça, ça me rend très heureux. Et ça me rappelle d’où je viens aussi. Parce que c’est vrai que le milieu de l’art c’est un milieu archi élitiste et c’est pas mon milieu. Moi j’ai pas grandi dans ça. Et justement quand je suis arrivée aux Beaux-Arts, ça m’a trop fait peur. Je me suis dit mais dans quel where je me suis retrouvé ? Genre je comprenais rien genre. Et du coup ça, ça fait du bien d’avoir un rapport à la culture et à la créativité avec des gens qui correspondent pas forcément à une élite de l’art contemporain.
[00:51:37.120] – Camille Bardin
Hahaha On s’est compris !
[00:51:38.860] – Amine Habki
Et du coup ça me permet d’avoir cette réalité là. Mais c’est vrai que j’aimerais de plus en plus avoir du temps pour ma pratique tout en restant dans ce travail là. D’autant plus que, ce travail de transmission, comme je le disais, c’est aussi dans mes revenus secondaires d’artistes auteurs, parce que j’ai la chance depuis ces deux dernières années de faire beaucoup de workshops. Justement, comme tu l’as mentionnée on s’est rencontrés au studio 13/16. Et je pense que c’est aussi parce qu’il y a une demande aussi de vouloir dépoussiérer certaines techniques qui d’ailleurs commencent à se démocratiser avec le crochet en ce moment. Enfin, il y a cette envie de mettre cette technique là dans un apprentissage et donc du coup je suis un peu arrivée au bon moment je pense.
[00:52:20.170] – Camille Bardin
Et franchement, il y avait la queue à ton atelier. Moi j’étais au Studio 13/16 tous les mercredis. Je voyais des gamins et des gamines qui se posaient genre soit en équipe, soit qui venaient avec leur casque, leurs écouteurs et qui se posaient et qui faisaient ton atelier comme ça.
[00:52:36.700] – Amine Habki
Non mais c’est trop bien, ça me rend trop heureux.
[00:52:39.220] – Camille Bardin
Oui, c’est trop bien.
[00:52:40.570] – Amine Habki
Et oui, du coup c’est vrai que dans mon activité secondaire d’artiste auteur, il y a beaucoup d’ateliers dont celui du studio 13/16 dont on a pu parler et là j’en ai bientôt dans différentes institutions et je suis super ravie. Enfin, je suis super honorée. C’est vraiment un travail qui me stimule d’autant plus d’ailleurs parce que comme on parle aussi de l’économie, l’économie au long terme aussi. Moi je me vois être prof, j’aimerais trop être professeur.
[00:53:07.390] – Camille Bardin
C’est rare quand on te le dit comme ça, en mode pas de job alimentaire mais vraiment kiff quoi.
[00:53:13.030] – Amine Habki
Après j’aimerais bien être professeur en école, en vrai, genre en école d’art, peut-être commencé en prépa ou dans des formations !
[00:53:21.080] – Camille Bardin
Je te vois bien pédagogue comme ça. Non, franchement.
[00:53:24.590] – Amine Habki
Franchement, j’aimerais trop. Et puis je pense que justement, je pourrais apporter aussi une représentation en plus qu’on n’a pas forcément encore dans les écoles d’art. Enfin, là il y a des nouvelles personnes qui ont intégré ces postes là. Mais en fait je trouve qu’il y a un truc aussi encore, où on va t’inviter deux fois et après et voilà. Et l’économie de cette personne là, elle est hyper hyper précarisée et j’aimerais bien être sur un truc au long terme. Et aussi, fun fact, je le dis comme ça, mais si jamais je suis professeur à Cergy, je serai le premier professeur de l’histoire de cette école à avoir grandi à Cergy, à être de Cergy. Du coup, c’est un peu un flex que j’aimerais atteindre.
[00:54:13.430] – Camille Bardin
Voilà ! S’il vous plaît, offrez ça à Amine, et à nous-même d’ailleurs, aux étudiants étudiantes.
[00:54:18.680] – Amine Habki
J’aimerais trop en vrai. Enfin, moi ça me stimule grave et ça fait vraiment du bien parce que tu reçois aussi beaucoup de choses, tu apprends beaucoup de choses des gens.
[00:54:29.000] – Camille Bardin
Non mais c’est trop bien, J’adore !
[00:54:30.560] – Amine Habki
Voilà donc du coup, en parallèle d’une carrière artistique que j’espère la plus paisible possible je fais ça. Donc pour l’instant je ne suis pas en mode full revenus sur mes ventes, mes honoraires d’expos et mes workshops parce que du coup j’ai une stabilité pour l’instant dans un centre social dans lequel je me plais hyper bien. Donc voilà, en plus on est en train de faire des podcasts en ce moment !
[00:54:58.580] – Camille Bardin
Ah j’adore, je suis fan ! Merci beaucoup Amine d’avoir accepté mon invitation, Je suis trop contente de cet échange. C’était tout doux comme c’était sûr que ça allait être. Merci à vous chers auditeurs d’avoir écouté cet épisode. Comme d’habitude, je vous donne rendez vous sur le compte Instagram de PRÉSENT.E pour suivre toutes les actualités du podcast. N’hésitez pas également à vous abonner au podcast depuis votre plateforme d’écoute préférée. Et enfin, je remercie grandement David Walters pour le générique. Je vous dis à dans deux semaines, mais d’ici là, prenez soin de vous.