DAMIEN ROUXEL

Camille Bardin

Il y a quelque chose de jouissif dans le travail de Damien Rouxel. Ce quelque chose relève sans doute du caractère inédit des images qu’il crée. Damien Rouxel est fils d’agriculteurices. Il a grandi dans une ferme bretonne. Aujourd’hui, il est artiste, photographe et performeur. Dans son travail, il montre son corps, celui d’un être hybride dont les membres se sont déployés au point d’exploser les carcans et les normes qui tentaient de l’atrophier. Damien Rouxel imprime sur nos rétines son homosexualité, son animalité, sa monstruosité. Nu ou en tenue de travail, une fourche à la main ou une couronne perchée sur la tête, Damien Rouxel documente sa métamorphose.

Camille Bardin

GIGGLE : Présente est un podcast dans lequel je souhaite porter au jour ce qui vient en amont, puis en aval, de l’art contemporain. Mes questions portent donc rarement sur les œuvres en elles mêmes, mais davantage sur toutes les réflexions et les doutes qui gravitent autour de celle ci. Car ici, je m’intéresse d’abord à la manière dont la vie de mon invité impacte son travail, puis à l’inverse, à la façon dont son travail vient impacter sa vie. Dans Présente, j’essaye de mener les conversations comme j’ai l’habitude de le faire en tant que critique d’art, dans les ateliers d’artistes ou à la terrasse des cafés. Sauf qu’ici, nous sommes enregistré·es et vous avez la possibilité de tout écouter. Bonjour à toutes et à tous. J’espère que vous allez bien. Aujourd’hui, l’épisode de PRÉSENT.E est donc consacré à l’artiste Damien Rouxelle. Bonjour Damien.

Damien Rouxel

Bonjour Camille.

Camille Bardin

Merci d’avoir accepté mon invitation.

Damien Rouxel

Merci pour ton invitation et le temps que tu m’accordes et la place que tu vas donner à ma parole.

Camille Bardin

Ouiiiii ! Ben je suis ravie de l’accueillir. Est-ce que tu es prêt ? Est-ce que je peux me lancer dans cette première question ?

Damien Rouxel

Oui ! Moi, je suis toujours prêt !

Camille Bardin

Parfait. Bien sûr que dans cet épisode, on va parler de métamorphose, de photographie, de transgression, etc. Mais avant cela, je voulais quand même qu’on prenne un petit moment le temps de parler de ton parcours, parce que dès ta naissance, tu avais une vie un peu tout tracée, finalement. On attendait sûrement de toi que tu reprennes la ferme familiale et que tu suives le parcours de tes parents qui sont donc agriculteuristes. Pourtant, tu as fait le choix de devenir artiste. Et même si je ne pensais vraiment pas poser un jour cette question dans PRÉSENT.E, je crois qu’elle vaut le coup d’être posée aujourd’hui. Est-ce que, Damien, tu peux nous dire comment est ce que tu es arrivé à l’art ? hahahaha ! J’ai l’impression d’être la pire intervieweuse qui soit et d’avoir vraiment chômé en préparant cette interview. Mais non, ça m’intéresse vraiment au premier degré. Comment, un jour, tu t’es dit qu’artiste était le métier que tu voulais faire ?

Damien Rouxel

Ça a été tout un processus. Oui, de base, je suis né garçon dans cette ferme. J’étais l’aîné, ce qui a probablement aussi impacté un peu mon vécu. En soit, j’ai eu la chance que mes parents ne m’ont jamais mis la pression pour reprendre la ferme, même si je pense qu’ils l’ont projeté puisque justement, j’étais un garçon, j’étais l’aîné. Mais tout comme ils ont dû projeter plein de choses sur ma vie et que clairement, je pense que je n’ai pas coché beaucoup de cases, mais ça, on en reparlera après. Mais plus je grandissais, moins je me sentais concerné par cette ferme et tout cet environnement. Mais en fait, c’est qu’il y avait quand même une sorte un peu de « pression sociale » de personnes de la famille ou de l’entourage qui, dans des conversations, pouvaient dire à mes parents : « Oh ben Damien, il va reprendre la ferme. » « Oh ben Il ira faire ceci, cela. » Moi, clairement, je savais déjà que non. Parce que clairement, je n’ai jamais servi à rien à la ferme. Parce qu’il y a aussi ça. Je pense que peut-être déjà, mes parents ont pu projeter que j’allais pouvoir les aider à la ferme.

Camille Bardin

Oui ! Mais ça… 

Damien Rouxel

Ouais, le seul truc que j’ai pu faire avec eux, ça a été faire avancer les vaches dans la salle de traite. Je n’ai jamais trait une vache. Donc c’est dire à quel point Fils d’Agriculteur, c’est une sacrée grosse blague pour moi. Sinon, ça a été aider pour séparer des génisses dans les champs et tout. Je détestais ça en plus, je déteste encore, mais à l’époque, vraiment, je détestais ça. Donc, vraiment, pas le bon gars. Je pense que ça, ça m’a suivi pendant quand même une grosse partie du collège, collège lycée. Peut-être encore un peu maintenant. Mais vraiment, ce truc de… Le raté total. Pour moi, la Ferme, ça a jamais été un espace de travail possible. Ce qui est maintenant un peu paradoxal parce que je vais travailler là bas, mais en tant qu’artiste. Mais il y a eu tout un procès, justement, d’y retourner. Mais à partir du collège, là, la Ferme, déjà, c’était niet pour moi. Parce qu’aussi, au collège, il y a eu… Je ne voulais pas être le bouseux. C’est pour ça que très souvent, je dis aussi que j’ai subi, mais en fait, je me suis fait subir aussi beaucoup parce que je n’ai pas été violenté, je n’ai pas eu une scolarité où j’ai été insulté tout le temps, etc. Mais le peu qu’il y a pu avoir, ça a été marqué et donc je ne voulais vraiment pas être le bouseux. Ce qui est complètement ridicule puisque j’étais dans un collège rural, donc même si les enfants ne sont pas des enfants d’agriculteurs, tout le monde est lié à l’agriculture. Mais il y avait déjà les gens un peu au dessus et moi, je n’en faisais pas partie. Je ne voulais pas du tout être le bouseux. Après, être artiste, je ne suis pas certain que ce soit un choix. Il y a des moments, je pense que ça s’est imposé à moi, d’une certaine manière, mais tout comme je ne peux pas te dire qu’est ce qui a causé quoi. C’est que déjà, j’avais le sentiment de ne pas être le garçon de la ferme, le garçon qu’il faut, comme il faut le garçon normal. Déjà, je n’étais pas. J’étais l’aîné, je savais que la ferme, c’était mort pour moi. Donc déjà, il y avait un sentiment de décevoir et d’être raté. En plus de ça, il y avait quand même un certain goût pour l’artistique, créer des trucs. Après, plus tard… Quoi que dès le collège, c’est arrivé, mais moi, j’en ai aucunement conscience, mais comme les gens le savent avant nous…

Camille Bardin

Oui… Hahahaha

Damien Rouxel

C’est toujours bien ! L’orientation sexuelle a aussi influé et donc, ça plus ça, plus ça a fait que clairement, plus j’avançais, moins j’avais ma place dans cet environnement là. Pour moi, c’était clairement une sorte de piège. Je suis bloqué là dedans et clairement, je n’ai rien à y faire et je ne vois pas ce que je peux y faire et je ne correspond pas du tout. Pourtant, toute mon enfance à la Ferme, ça a été une source d’imaginaire pas possible. Moi, j’ai tout le temps adoré les histoires, la mythologie. Quand je jouais à la ferme, vraiment, c’était…

Camille Bardin

Un terrain de jeu…

Damien Rouxel

Tous les possibles… Ouais, c’était incroyable. Avec ma sœur, on a fait des cabanes dans tous les lieux possibles.

Camille Bardin

Tu m’étonnes !

Damien Rouxel

Mais je me souviens que déjà, quand je jouais, il n’y avait pas de genre. Je me souviens, par exemple, que je jouais à Xena, la guerrière. Bien entendu, j’ai été Xena. Hahahaha !

Camille Bardin

Of course ! Hahah

Damien Rouxel

Elle avait une arme, je ne sais plus comment elle s’appelle, mais c’était son anneau. Donc moi je récupérais des couvercles de seaux d’aliments pour les bêtes qui étaient en plastique et que je lançais. Je courais comme Xena, n’importe quoi. Sinon, à Lara Croft, Sidney Fox. Des fois, j’étais aussi bien chevalier, je jouais à Pokémon. Enfin,J’étais un peu…

Camille Bardin

Tu étais tout à la fois !

Damien Rouxel

Tout ! Voilà. Et en plus de ça, clairement, je suis de la génération Star Académie. J’ai tout le temps aimé la mise en scène et la mise en scène de soi. J’ai toujours rêvé de paillettes, d’être sur scène, d’avoir un show de ouf. C’est toujours le cas, mais des fois, je m’en approche un peu, au moins d’aller sur scène.

Camille Bardin

Hahahah

Damien Rouxel

Mais voilà, il y avait ce goût là de… Parce que pour moi, c’était aussi une possibilité. Pour moi, cette mise en scène là, tous ces costumes, la danse, c’est de la mise en scène, c’est de la transformation. Et donc, il y a aussi le truc de « pendant un instant, t’es plus toi ». Et je crois que ça, c’est un peu le fil rouge de toute ma vie, c’est que OK, il y a Damien avec ce qu’il est, mais toute ma vie, j’ai passé mon temps à soit m’amuser avec ça en me transformant ou au contraire, me transformer parce qu’il fallait que je me cache ou que je me fonde dans la masse ou que je cache certains aspects ou autres. Donc ouais, je crois que c’est ça vraiment qui… C’est pour ça que quand je suis arrivé au Beaux Arts, après, il y a eu très vite des questions autour du masque, du travestissement et autres. Mais donc pour revenir un peu au parcours, la chance que j’ai eue et je me rends compte maintenant, enfin ça fait déjà plusieurs années. C’est que moi, j’adorais ce qui était artistique, créer des choses, imaginer des choses. Je me souviens plus petit, j’avais fait des stages de poterie, par exemple. Et assez tôt, au lieu d’aller, par exemple, faire des matchs de foot le samedi, moi, j’avais des cours d’art plastique. Mes parents me payaient des cours d’art plastique, ce qui est déjà juste trop bien.

Camille Bardin

De ouf !

Damien Rouxel

Et c’était… Enfin voila, c’est qu’ils m’emmenaient au cours, donc c’est qu’ils voulaient bien. Donc j’ai fait des cours d’art plastique et après est venu le moment du lycée. Au lycée, je suis allé dans un lycée où il y avait l’option art obligatoire/facultatif. Et en fait, c’est ça qui a fait le choix du lycée. Et au lycée, pour l’après, j’avais tenté les Beaux Arts et j’avais aussi tenté des mises à niveau en arts appliqués pour plutôt aller vers la publicité. Et en fait, je trouve ça assez intéressant aussi parce que tout ça, c’était encore une fois un peu pression sociale et aussi parce qu’inconnu de « Mais qu’est ce que ça donne après ? », « qu’est ce que tu fais comme métier ? » voilà.

Camille Bardin

Oui c’est ça, il faudrait choisir un « vrai métier » et bosser en agence de pub, ça paraît plus logique que d’avoir un petit atelier…

Damien Rouxel

Oui voilà ! Donc moi, j’avais pensé à la pub. Sachant que quand moi je pensais pub, encore rêve grandiose… Moi, je voulais faire des pubs, comme la pub Chanel numéro 5 de Baz Luhrmann.

Camille Bardin

Oyayaya ! Bah oui, s’il te plaît, quitte à faire des pubs autant faire des trucs stylés quoi !  Évidemment que tu ne vas pas travailler pour Bonduelle. Hahaha 

Damien Rouxel

Hahaha ! Je crois qu’en fait, j’ai toujours rêvé de grandeur et de paillettes et de tout ça.

Camille Bardin

Hahahah !

Damien Rouxel

Je me rends compte que c’est pas forcément moi, mais j’avais de grands rêves.

Camille Bardin

Ben grave ! C’est tout ce qu’on mérite, comme disait Brandon Gercara.

Damien Rouxel

C’est ça ! Donc j’avais des rêves comme ça et je me suis accroché à ça. J’ai tenté les Beaux Arts et comme les résultats des concours arrivaient avant les mises à niveau et tout, j’ai su que j’étais pris au Beaux Arts de Brest et de Quimper.

Camille Bardin

Trop stylé. Jackpot !

Damien Rouxel

Et donc direct. Je me revois appeler ma mère, j’étais devant la liste, et de lui dire : « Je suis pris à Quimper, je vais à Quimper. » Des fois, je me dis que c’est les planètes qui ont dû être alignées, je ne sais pas. C’est pour ça que je ne peux pas dire que c’est ça qui a fait que je suis devenu artiste. Je pense que ça a participé, mais tout comme la volonté d’aller vers l’art, c’était aussi une rupture avec mon héritage. C’est que tout ça, toutes mes petites tarres ont fait que j’étais obligé de faire… C’était le pas de côté. Forcément, ça allait être une vie parallèle. Mais en même temps, c’est que mes parents m’ont laissé faire. Clairement, j’ai de la chance parce que ça aurait pu ne pas être possible. Ils m’ont soutenu et même pendant les Beaux Arts, ils m’ont laissé partir. J’ai pu faire mon cursus. Moi, j’ai vécu la chose aussi de manière à… Même si au début, j’étais assez en rupture avec tout ce qu’ils avaient pu me donner.

Camille Bardin

Oui, mais c’est normal.

Damien Rouxel

L’âge faisant aussi.

Camille Bardin

Ben oui, c’est ça… Je pense qu’on sera beaucoup à se retrouver là dedans.

Damien Rouxel

Mais j’ai toujours eu cette volonté, au fond, je pense, de réussir et de leur prouver que je pouvais le faire pour eux. Mais je pense que c’est aussi ce sentiment d’être un raté ou d’être le bon à rien, de montrer…

Camille Bardin

Tadaaaa ! Ouais…

Damien Rouxel

Peut-être que c’est à côté mais…

Camille Bardin

J’ai bifurqué, mais….

Damien Rouxel

J’y suis bien.

Camille Bardin

Mais clairement, je pense qu’on sera nombreux et nombreuses à se retrouver dans ce que tu dis.

Damien Rouxel

Ben j’espère ! Il y a une lettre que j’aimerais bien te lire. Ça, c’est un des luxes quand tu es artiste, c’est que tu peux provoquer des choses. Pour ma première exposition perso en 2018, qui s’appelait À notre fils, j’avais demandé à mes parents de m’écrire une lettre parce que moi, je les mettais déjà en scène, etc. Et donc je me suis dit « Là, ça va être eux qui vont être maîtres du récit. J’avais demandé d’écrire une lettre et la seule contrainte, c’était qu’elle commence par « À notre fils » et qu’elle soit signée. » Et en fait, cette lettre, je l’ai découverte la veille du vernissage. Pour moi, ça dit… Il y a plein de choses qui se disent dedans, des choses que je savais, d’autres pas. C’était déjà en 2018, donc déjà, j’étais content à l’époque, mais maintenant d’avoir encore ça, je me dis que c’est une preuve folle.

Camille Bardin

Mais quel cadeau !!!

Damien Rouxel

Donc si je peux la lire…

Camille Bardin

Franchement, c’est un cadeau de ouf que tu nous fais. Non, au contraire… (elle fait une pause) J’ai peur parce que je pleure tout le temps donc je me dit que c’est sûr, je vais pleurer… Vive la radio hein ! Hahahah

Damien Rouxel

Hahaha ! Il y aura pas l’image.

Camille Bardin

C’est ça !

Damien Rouxel

Il lit : « Saint-Pôtan, le 20 mars 2018. À notre fils. Nous ne t’avons pas vu grandir. À l’école primaire, tu aimais déjà bien dessiner, créer. Te rappelles tu les stages de poterie aux ateliers Crepel, les cours de dessin avec Francis Lulier à Saint-Cast-le Guildo. Nous nous rappelons du haut de tes 17 ans où tu nous as annoncé que tu voulais faire l’école des Beaux-Arts. Nous t’avons laissé partir. Nous nous sentions mal à l’aise de te laisser tout seul à Quimper dans ton appartement de 17 mètres carrés et nous, nous étions tous les trois dans la maison familiale à la campagne. (sentiment d’abandon) Mais tu nous as vite démontré que tu te sentais à l’aise dans ton nouvel environnement. Nous en étions les plus heureux. Cinq ans après, tu es sorti avec ton master des Beaux-Arts. Maintenant, tu es en fac, Histoire de l’art. D’année en année, tu suis ton chemin pour atteindre de nouveaux objectifs. Dans les années à venir, nous aimerions, nous, tes parents, te voir prendre ton envol comme un oiseau qui quitte son nid pour nous démontrer que tu es autonome et que tu peux vivre de ta passion. Ce serait pour nous le plus beau remerciement de t’avoir fait confiance, d’être parti dans le domaine des artistes. Il ne faudra pas oublier pour autant de venir faire une petite halte à Saint-Pôtan, histoire de te ressourcer pour repartir avec de nouveaux projets. Tu dois savoir que nous serons toujours à tes côtés, même loin de nous. Nous n’avons pas de doute, tu arriveras à te construire un chemin parmi les artistes. Papa, maman. »

Camille Bardin

Dans le domaine des artistes… j’adore !

Damien Rouxel

Incroyable !

Camille Bardin

Ben ça me va de finir là dessus sur cette… C’est trop bien ! Mais j’avoue que c’est un cadeau de ouf.

Damien Rouxel

Ouais !

Camille Bardin

Ben on va continuer à parler de tes parents, du coup, si tu veux bien. Ça nous fait une bonne transition. Parce que chez moi, il suffit que je sorte mon téléphone et que ma mère ou ma grand mère devine que je veux prendre une photo pour que tout le monde se planque. Clairement, elles détestent ça. Chez toi, c’est tout l’inverse. Tes parents et ta sœur font partie de ta pratique, il et elles posent, il et elles se déguisent, il et elles performent. Quand est-ce que tu as décidé de les inclure dans ta pratique, justement ? Et comment as tu réussi à les convaincre de se prêter ainsi au jeu ?

Damien Rouxel

En fait, ça s’est fait assez naturellement, tout ça. C’est que déjà, dès le début des études au Beaux-Arts, ils étaient investis parce que je leur demandais des fois de récupérer des objets de la ferme ou des choses et autres. Et en fait, très vite, eux se sont mis aussi à garder des choses.

Camille Bardin

Ah trop bien ! « Damien va en avoir besoin de ce truc ! »

Damien Rouxel

C’est ça ! Donc déjà, il y avait un truc un peu de faire partie du processus.  Mais ce qui est assez ambivalent, c’est que ma première année au Beaux Arts, j’avais 17 ans, donc c’était la première fois que je partais de chez mes parents, de la ferme. J’étais loin, je rentrais pas souvent. Clairement, les Beaux-Arts, ça devenait pour moi aussi un espace où je pouvais devenir ce que j’avais à devenir. Et puis 17 ans, période de bouleversement totale que tout le monde connaît. Mais donc moi, j’étais vraiment dans une volonté de rupture totale avec la ferme, avec tout ça, tout ce qui m’avait enfermé ou tout ce que je m’étais enfermé dedans, je ne sais pas. Et donc il y avait une distance qui se creusait, forcément. Sauf que malgré cette volonté de rupture, je passais mon temps… Tous mes projets tournaient autour de la ferme. C’était des objets de la ferme, la ferme était présente.

Camille Bardin

Oui, t’es mignon… Tu veux partir, mais en même temps… T’as pas bossé sur que sais je, mais…

Damien Rouxel

Le white cube hahaha !

Camille Bardin

C’était là dessus… Bizarre hahah !

Damien Rouxel

Et donc assez vite, je me suis rendu compte que c’était un peu bizarre, l’approche était étrange. Mais en fait, c’est aussi qu’à cette première année, je te l’ai évoqué tout à l’heure, mais il y a eu un renversement aussi. Qui est assez étrange. Mais c’est que tout mon collège, je ne voulais pas être le bouseux, j’avais honte de cet héritage là. Je ne voulais pas être un bouseux et je ne voulais pas être un fils d’agriculteur. Et c’est qu’arrivée au Beaux Arts, je me suis dit « Qui je suis là dedans ? Qu’est ce que je vaux là dedans ? »

Camille Bardin

« Qu’est ce que je vais bien pouvoir raconter ? »

Damien Rouxel

Ben ouais ! Parce que j’en voyais certains et certaines, mais techniquement ben c’était… Moi, clairement, j’étais… Alors là, clairement, j’étais nul. Et donc je me disais mais … « Qu’est-ce que je vais avoir à dire ou comment je vais exister là dedans ? » Donc j’ai commencé mes petits projets autour de la ferme : souffrance, rupture, tout ça tout ça. Hahaha !  Et en fait, globalement, les profs ont été intéressés par ça. Et donc là, il y a eu un renversement du stigmate, on va dire, où je me suis dit que peut être, c’était ça qui allait faire mon individualité dans ce groupe là. Et donc déjà, ça, en fait, je ne me rendais pas compte à l’époque, parce que ça me semblait naturel de le faire. Mais plus tard, je me suis rendu compte à quel point c’était politique. Parce que c’est ramener du populaire dans du white cube, dans des codes qui, moi, m’appartiennent pas, que j’ai connus au Beaux Arts, etc. Mais c’est des codes que moi, je… C’est pas mes codes. Moi, je vois mes codes, c’est du papier peint, c’est une maison chargée, c’est du populaire. Et dans mes références, c’est pareil. Et moi, j’ai tout le temps fait des croisements. Parce que pour moi, ça a la même valeur. Et puis, c’est tout simplement ce qui me construit. Et même si j’ai passé ma vie à transformer, à « me maquiller », à me masquer. J’ai fait ces croisements là, mais jamais j’ai voulu occulter ça, paraître autre là dessus. Dans mon travail, ça fait partie de moi et je me suis pas dit « OK, je vais faire une pratique qui fonctionnerait mieux ou dans des esthétiques tendances ». Ça, par contre, j’ai tout le temps été droit.

Camille Bardin

Dès le début, oui… Eh du coup ! Quand est-ce que pour la première fois… Donc il y avait tes parents qui te gardaient ces petites choses, etc, pour toi. Mais quand est-ce qu’à un moment donné, tu es venu les voir et tu leur as dit « Est-ce que vous voulez bien vous mettre à côté de moi sur la photo ou même vous même vous… » Comment ça s’est passé la première ? Parce qu’ils se donnent ! Vraiment, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas ton travail, c’est des mises en scène dans lesquelles tes parents sont vraiment parfois eux mêmes maquillés, etc. Il y a vraiment un truc, c’est complètement fou… C’est pas juste tes parents au boulot et toi qui es à 100 mètres à essayer de prendre une photo. Non, pas du tout.

Damien Rouxel

Non, pas du tout. Ils sont un peu engagés. Hahahaa Un tout petit peu (Il le dit sur un ton ironique)

Camille Bardin

Ouais Hahahah ! À peine ! (Toujours ironiquement)

Damien Rouxel

Ben en fait, ça a commencé qu’au début… Justement, il y a ces objets que je prenais à la ferme et qui partaient aux Beaux-Arts. Donc il y avait cette histoire de mouvement. Et assez rapidement, quand j’ai eu le déclic, c’est moi qui a fait l’inverse. Je suis revenu à la ferme et j’ai commencé à poser dans la salle de traite ou autre. Je suis revenu physiquement et là, je suis revenu en tant qu’étudiant en art, on ne va pas dire artiste, mais étudiant en art. Et donc avec la casquette quand même « art ». Et donc reprendre possession un peu des espaces et me faire cette place là. Et donc assez rapidement, par rapport aux projets que je pouvais avoir, les questionnements, les profs m’ont dit d’aller lire des bouquins féministes, études de genre, donc Trouble dans le genre de Judith Butler, etc. Donc j’ai fait ça pendant l’été, entre la deuxième et la troisième année. Et donc là, révélation ! Révélation, de me dire : « mais il y a des gens qui ont écrit des choses, qui me parlent, qui parlent de moi. Je ne suis pas seul ?! » Même si, déjà, j’avais conscience que j’étais de moins en moins seul.

Camille Bardin

Oui, mais là, c’est fou. C’est théorisé !

Damien Rouxel

Oui, c’est ça. Tu te dis tout ce que tu as pu ressentir… Et donc Je lisais des choses qui forcément, moi, qui m’impactaient, en tant que jeune homme, jeune homosexuel, etc. Mais il y avait aussi tous les questionnements autour du féminin, du masculin, de la féminité, qu’est ce qu’être femme, etc. Et le premier portrait que j’ai fait, j’ai demandé à ma mère. Tout simplement, je lui ai dit « Maman, j’ai un projet pour les Beaux Arts. J’aimerais te prendre en photo, est-ce que c’est possible ? » Elle m’a dit « OK. » Le premier portrait que j’ai fait d’elle, c’est en 2013. Le portrait s’appelle Mère Butch oui. En fait, on la voit en sous-vêtement dans la salle de bain et en fait, son visage elle a  de la mousse à raser. Et donc ça, c’est le premier portrait.

Camille Bardin

Elle est ouf cette photo, ouais !  C’est la première ?!

Damien Rouxel

Ouais ! Et c’est comme ça que tout a commencé.

Camille Bardin

Ah ouais, mais t’as pas commencé genre à moitié quoi !! Genre… C’est ouf !!

Damien Rouxel

Voilà !

Camille Bardin

Ah ouais, purée ! Parce que, ouais, donc vraiment, parce que t’aurais pu… Moi, je pensais qu’au début, tu t’étais un peu faufiler, etc. Qu’ils avaient sans doute dû te dire : « Oh non, mais je suis laide là dessus, arrête Damien! ». Ben du coup, je projette ce que je vis à la maison, mais trop pas ! Première photo, ta maman en mode butch, soutif, mousse à raser, etc. Ennnnh ! Incroyable. Je la mettrai, si tu le veux bien, sur Instagram pour que les gens puissent voir de quoi on parle.

Damien Rouxel

Oui, avec plaisir ! Il faut montrer cette image ! 

Camille Bardin

Elle est extraordinaire. Elle est extraordinaire. Elle est trop belle, cette photo, en plus.

Damien Rouxel

Et en fait… Moi, clairement, tout ça, je l’ai fait de manière très naïve. J’étais étudiant, j’avais des projets, il fallait que je fasse mes projets…

Camille Bardin

Oui, c’est ça ! En plus, c’était de l’ordre des devoirs en fait… Donc il y avait un truc comme : « bon ben on y va ! » Comme tu vas entraîner ton fils à faire sa dictée bon ben là… Let’s go quoi !

Damien Rouxel

Oui et puis pour moi, il y avait ce truc où… Ben en soit c’étaient mes parents ou ma sœur… Et en soit, franchement, c’était naturel que je sois avec eux parce que c’est mes parents et ma sœur. Faire ça avec quelqu’un étranger à moi… Là je… Mais c’est avec, encore une fois, avec la distance je me dis oui, c’est complètement fou parce que même ma mère ne m’a posée aucune question. Elle l’a fait ! Et je me souviens d’un truc, c’est qu’avant que je lui dise ce qu’on va faire, arrive le moment pour mettre la mousse à raser, donc je lui donne la bombe et elle me dit : « Je te laisse faire, moi je ne sais pas faire ça ! » Donc c’est moi qui ait mis la mousse à raser… Enfin… Trop bonne patte quoi ! Hahahah

Camille Bardin

Hahahaha !

Damien Rouxel

Non mais franchemant ! Clairement, j’ai beaucoup de chance. Et donc ça s’est fait comme ça. Et là, ça a été le début où j’ai fait d’autres photos, vidéos. Mon père, pareil, il y a une vidéo complètement folle que j’ai fait en troisième année, pour mon DNAP, où on voit mes parents dans la chambre, chacun de leur côté du lit et en fait, ils se déshabillent. On se rend compte qu’à la fin quand ils se sont déshabillé·es qu’ils ont inversé leurs vêtements. Donc en fait on voit mon père avec un soutien gorge, le soutien gorge de ma mère… Donc j’avais ce genre de projet… Qui se faisait à la…

Camille Bardin

Ben en fait, on dirait que tes parents elleux-mêmes sont de très bons et très bonnes élèves. Tu sais, il y a trop un truc de premier de la classe, genre : Bon ben c’est bizarre, mais on veut quand même que tes profs puissent projeter en eux le fait que ce sont des très bons élèves !  Il y a trop ça, je trouve.

Camille Bardin

Clairement ! Ce que tu dis, du bon élève, je pense que ça a pu se faire parce que c’est mes parents, c’est ma famille et aussi parce qu’ils sont agriculteurs et que pour eux, le travail, c’est toute leur vie. Donc je pense que pour eux, c’était aussi un moyen de m’aider dans mes études et c’était mon travail… Et donc j’ai eu la chance qu’ils l’ont toujours fait sérieusement. Ce qui m’arrangeait bien, c’est surtout qu’ils ne posaient aucune question.

Camille Bardin

C’est incroyable !  Vraiment, c’était tes modèles à proprement parler !

Damien Rouxel

Ah ouais et moi, clairement, ça m’allait très bien parce que je ne voulais pas…

Camille Bardin

Ben oui ! Va expliquer à ta mère…

Damien Rouxel

« Pourquoi on fait ceci ? Pourquoi on fait cela ? Pourquoi j’ai une robe dans la maison ? Pourquoi on fait ceci ? Pourquoi on fait cela ?» Sachant que le coming out n’était pas fait…

Camille Bardin

Non, mais c’est vrai ?

Damien Rouxel

Ah ben non… 

Silence

Damien Rouxel

En fait, mon coming out a été fait à la fin des Beaux-Arts. Il y a déjà plein de photos qui avaient été faites de ma mère avec la mousse à raser. Moi et ma sœur sur le canapé où j’ai une perruque. Mon père et moi, l’un à côté de l’autre, avec un triangle rose sur le vêtement. Toutes ces photos là, elles étaient faites. La vidéo où on me voit avec ma mère à un moment donné, à table dans la cuisine, où elle est en train de regarder un magazine, moi, je suis avec une de ses robes et on parle normalement. Tout ça, ça a été fait. J’étais au Beaux Arts et le coming out n’était pas fait.

Camille Bardin

Mais il n’avait même pas à être fait, en fait !

Damien Rouxel

Eh ben c’est là où il y a un autre… Hahah… Moi, en même temps, c’était aussi un moyen de… En soit, je ne voulais pas le dire parce que je savais que ça ne se passerait pas bien. Mais en même temps, les projets se faisaient et clairement, mon travail, à mon sens, ça a tout le temps été aussi de prendre un risque, de me mettre en difficulté. Et même encore maintenant, même si c’est autre chose… Mais à l’époque, c’était vraiment de la prise de risque parce que c’était me confronter à la ferme, me confronter à mes parents. Dans notre relation, on est très peu expressifs. On ne va pas se dire « Je t’aime », on ne va pas se toucher. Et là, en plus de questionner le genre, très souvent, il y a de la proximité. Les corps, des fois, il y a un peu de nudité. Il n’y a pas de nudité totale, mais il y a quand même… Donc vraiment, ça a été prise de risque, mais tout le temps. Et comme tu dis, potentiellement, il n’y avait pas à faire. Sauf qu’à un moment donné, il y a eu. Ça ne s’est pas très bien passé. Mais en fait, c’est parce que c’était non dit. Et donc forcément, quand il y a eu… Moi, je me suis dit, peut-être que c’est fini… Déjà, juste personnellement, peut-être que c’est fini… Avant de penser artistique. Peut-être que personnellement, c’est fini. Et donc l’artistique aussi. Et en fait, le  « personnellement » a continué, mais l’artistique aussi !

Camille Bardin

Ouais…

Damien Rouxel

Mais c’est pour ça que c’est hyper ambigu et que tout mon travail aussi questionne ça. Parce qu’on pourrait penser qu’en voyant mon travail, c’est hyper simple et que ça a tout le temps été hyper simple.

Camille Bardin

Mais de ouf !

Damien Rouxel

Eh ben non. Hahaha !

Camille Bardin

C’est oui et c’est non…

Damien Rouxel

C’est hyper ambivalent ! C’est ambivalent, mais comme dans quasi toutes les relations humaines. C’est ambivalent aussi parce que ça se passe dans la maison, c’est entre nous. En même temps, ils savaient que le travail était montré aussi au Beaux-Arts, etc. Et puis qu’après, ça a été exposé, que c’est montré. Clairement, j’ai trop de chance parce qu’avec eux, quand je mets une caméra, un appareil photo…

Camille Bardin

C’est parti quoi ! 

Damien Rouxel

En fait c’est la même. Il n’y a pas de transformation. C’est que moi, quand je les vois sur la photo, clairement, je les vois eux.

Camille Bardin

C’est ouf.

Damien Rouxel

Et ça, j’ai trop de chance.

Camille Bardin

C’est incroyable quand même. Oui, c’est incroyable.

Damien Rouxel

Donc voilà… Parce qu’après, ils n’ont pas du tout le même investissement. Ma mère, elle est à fond dans le truc. Comme en plus, après les Beaux-Arts, moi, je suis allé en fac d’histoire de l’art, que je n’avais plus d’atelier donc forcément la pratique évolue, mais surtout le temps de pratique évolue. Rapidement, les temps où j’allais les voir à la ferme sont devenus des temps de résidence, ce qui a fait que j’ai pu produire avec eux et puis avoir de la production et continuer la production. C’est devenu aussi une sorte de routine. Ma mère, quand je l’appelais, je disais : « Je vais rentrer à tel moment » et puis elle me disait : « Il y aura des photos à faire ? ». À chaque fois, en début de séjour, c’est : « Est-ce qu’il y a des choses à faire ? »

Camille Bardin

Oui ! Que je m’organise quoi !

Damien Rouxel

C’est ça. Et maintenant, c’est aussi « Quels sont les projets ? Qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce qu’il y a de neuf ? » Mon père, lui, est beaucoup plus distancié et je pense qu’en soi, il n’aime pas poser. Parce qu’en fait, je pense qu’il n’aime pas aussi se voir et il n’aime pas poser. Mais en soit, il le fait.

Camille Bardin

Ah ben oui, il le fait !

Damien Rouxel

Et sachant que des fois, il y a des images… J’y vais quand même pas avec le dos de la cuillère pour certaines images. Même si moi, j’ai toujours eu… Jamais j’ai voulu les mettre en difficulté dans mon travail. C’est pour ça que, par exemple, il n’y a pas de nudité et que ça se passe dans leur environnement. C’est chez eux, c’est avec leur code. Il y a des mises en scène qui sont violentes ou qui projettent beaucoup de violences ou de questionnements, mais je ne veux pas les mettre en… Je ne veux pas qu’ils ne se sentent pas bien parce que je ne vois pas l’intérêt. Mais c’est clair qu’il y a des images… J’ai quand même fait une image où je vais trancher la gorge de mon père parce que je reprends l’iconographie de David et Goliath. Il y a un peu de violence… Hahahaha ! Mais on fait ! Et puis ma sœur, c’est encore différent. On a cinq ans et demi de différence. Quand j’étais au Beaux-Arts et qu’avec ma mère, je photographiais, je questionnais justement cette féminité, parce que ma mère a certaines caractéristiques masculines. Ma sœur, elle, c’était au contraire une féminité en construction. Donc j’ai joué avec l’ambiguïté, etc. Mais le rapport n’est pas du tout le même avec ma sœur. Ma sœur, combien de fois elle m’a dit : « De toute façon, sur tes photos, je suis tout le temps moche ! »

Camille Bardin

Oui ben classique quoi… Une ado !

Damien Rouxel

Quand je lui dit : « Ben oui, j’ai besoin de toi pour une photo. » Elle fait : « Ohh, encore ?! » Sinon maintenant, c’est : « Quand est-ce que tu me donnes de l’argent ? »

Camille Bardin

Elle a bien raison, merde ! Hahahah 

Damien Rouxel

« C’est mon image quand même. » Hahahah !

Camille Bardin

C’est ça ! Les droits à l’image alos ! Hahah

Damien Rouxel

Dès que je peux, je fais ! Mais pour le moment, ce n’est pas la richesse.

Camille Bardin

Ça viendra !

Damien Rouxel

Je pense que la photo qui dit un peu tout, c’est le portrait royal où on est tous les quatre en tenue de travail avec les couronnes de princesses en plastique sur la tête. Et là, clairement, il y a les personnalités. Il y a ma mère qui est devant, qui est clairement concentrée sur… Et qui est bien, qui fait bien, qui est là et qui est soucieuse que ça se passe bien. Mon père qui est là, mais distancié, mais il est là. Ma sœur qui est accoudée en mode : « C’est long. » Et puis, il y a moi qui est derrière et qui pose. Je suis debout et tout, mais avec juste une main sur l’épaule. Parce que je n’ai pas du tout le même rapport au corps qu’eux et je m’en suis rendu compte aussi à force de travailler avec eux. Mais clairement, ça dit tout. C’est le portrait royal, c’est le portrait familial parfait… Ça dit vraiment l’implication des quatre.

Camille Bardin

C’est ouf…

Damien Rouxel

Mais c’est assez dingue. Très naïvement, pour moi, ça se faisait avec eux parce que c’était comme ça et c’était normal. Limite, ils sont là pour ça. Franchement, c’est mes parents ! Et c’est quand j’ai passé mon diplôme de troisième année que je montre justement la photo de ma mère, la vidéo, etc. Là, le jury, à un moment, me dit « Vous vous rendez compte de ce que vous faites faire à vos parents ? C’est dingue. »

Camille Bardin

Ben oui c’est ouf !

Damien Rouxel

Et moi, j’ai fait « Ah bon ?! » Hahaha !

Camille Bardin

Je te jure…

Damien Rouxel

Mais je m’en rends compte maintenant ! La chance…

Camille Bardin

Mais tu vois c’est trop un truc… Dans les familles, justement, qui arrivent pas à dire « Je t’aime » ou il y a une certaine pudeur, etc. Du coup, ça passe par tellement d’autres choses et notamment par ce genre de trucs. Quand tu vas chez ta mère et qu’en fait, elle te dit « Camille, il fait froid, mets une écharpe, mets des gants, mets un machin, mets truc. Et puis je t’ai fait ça à manger. Et puis tu pourras prendre ça. Et puis machin. Et puis c’est bon là dessus. » T’es là en mode : « C’est bon ! En fait, je suis une adulte. Je sais comment il faut m’habiller quand il fait froid? » (et encore… hahah) Mais du coup, c’est une manière aussi de… C’est des attentions ! Exactement. Et puis ça permet de garder son rôle de parent. C’est que du coup, quand tu fais tout ça, tu restes le parent, même si la personne est adulte face à toi. C’est que tu essayes de te convaincre que la personne en question a encore besoin de toi…  Mais trop fort ! Et du coup, dans ton travail, il y a toi, il y a ton corps, il y a ta famille et il y a cette ferme aussi… Mais quand ces visages disparaissent, quand tu montres autre chose que des photographies, alors un bruit se fait entendre. Ce bruit, ce sont des insultes sexistes et homophobes. On en croise beaucoup dans ton travail… Et classistes aussi d’ailleurs ! Ces insultes, je crois qu’elles ne rentrent jamais directement en contact avec ton image ou celle de ta famille, mais elles sont quand même là, écrites à la main sur une assiette ou sur les murs de la galerie Marcel Alix où tu montrais ton travail cet hiver. Pourquoi tu as décidé de leur laisser une place dans ton travail ?

Damien Rouxel

Je suis très content que tu me questionnes sur ces mots. Parce qu’en fait, dans mon travail, je pense que même s’il y a beaucoup d’images, les mots sont hyper importants. Toutes ces insultes, toutes ces phrases, c’est des choses que j’ai pu entendre, mais aussi des choses que j’ai pu prononcer. Parce que oui, moi aussi, j’ai été homophobe, parce qu’en fait… C’est comme ça.

Camille Bardin

Bien sûr, c’est complètement intériorisé !

Damien Rouxel

Voilà ! C’est totalement intériorisé et il y a plein de phrases que j’ai entendues qui n’ont pas forcément été adressées, mais ce sont des choses que tu entends dans les conversations d’adultes. Tu ne sais pas forcément que ça te concerne, mais tu sens quand même que déjà, ça rentre en écho. En fait, tu ne sais pas ce que c’est et ce n’est pas le moment pour, mais tu sais que…

Camille Bardin

Il y a des endroits où il ne faut pas aller !

Damien Rouxel

Voilà. Et euh…

Camille Bardin

Surtout que nous, on est quand même la génération du Mariage Pour Tous et que dans les familles est rentré à un moment donné le débat et la question de l’homosexualité, etc. Et les questions LGBT sont rentrées dans nos foyers, même dans les familles où qui a priori étaient absolument hétéros, etc. Du coup, on a été confronté au regard que nos parents avaient sur la question.

Damien Rouxel

Ben… Moi, j’y repensais récemment, puisque c’était les 10 ans de la loi et en fait j’ai vu un reportage la dessus. 

Camille Bardin

C’était pas « Homo en France » ?

Damien Rouxel

J’ai vu celui-ci aussi, mais il y en a eu un autre vraiment sur les 10 ans du mariage pour tous. Mais là, oui, Homo aussi.

Camille Bardin

Homo en France, c’est hardcore hein…

Damien Rouxel

Oui oui. Et puis là, c’est pareil, j’ai lu la semaine dernière l’ouvrage collectif « Pédé ».

Camille Bardin

Oui !

Camille Bardin

Enh…. Les échos…. Et je me suis rendu compte que j’étais passé à côté du mariage pour tous. C’était 2013, moi, j’étais au Beaux Arts et en fait, le fait que ce soit arrivé dans les foyers, moi, je l’ai pas eu parce que j’étais plus chez mes parents et donc d’un côté, tant mieux. Donc, j’ai pas eu ça. Et en fait, je dis que moi, je suis passé à côté parce qu’il y a plein de choses où… Et d’un côté, maintenant, je m’en veux un peu, mais c’est qu’à l’époque, moi, le mariage pour tout, je me disais : « mais de toute façon, le mariage… « 

Camille Bardin

Ben c’est un truc d’hétéro, justement !

Damien Rouxel

Enfin, je voulais pas me marier…

Camille Bardin

Oui, ça te concernait pas toi.

Damien Rouxel

J’avais l’impression de pas être concerné. Sauf qu’en fait, j’aurais dû beaucoup plus m’impliquer parce que j’étais concerné, parce que l’homophobie était plus que présente.

Camille Bardin

Oui, mais t’étais un gamin et t’avais d’autres trucs à gérer à ce moment là, quand même. J’espère qu’il y a pas de culpabilité à cet endroit là quand même !

Damien Rouxel

Non non… Je me dis qu’en fait, je suis passé à côté de ça. Parce qu’en même temps, moi, à ce moment là, il y avait pour moi de… Enfin, même si j’étais un jeune homosexuel, mais il y avait plein de choses à déconstruire parce que je me rends compte que dans mon enfance et adolescence, pour moi, déjà, je pouvais pas me dire que j’allais être homosexuel plus jeune parce qu’en fait, pour moi, ça n’existait pas, que ce soit dans la famille, dans l’entourage ou dans… Je savais même pas que ça existait. C’est un peu comme artiste.

Camille Bardin

Oui, t’es juste chelou, mais c’est tout.

Damien Rouxel

Donc je savais pas ce que c’était. Et puis, quand, dans les années 2000, il y a eu quelques premières représentations, moi, je me sentais pas du tout concerné parce que c’était à l’opposition totale de ce que j’étais. Je me souviens, par exemple, de Vincent McDoom.

Camille Bardin

Oui ben oui, les premiers trucs, c’était dans la télé réalité. T’avais toujours le PD du truc…

Damien Rouxel

Et donc par exemple, je me souviens, Vincent McDoom, j’ai entendu des trucs dans la maison… Et que moi aussi, j’ai pensé parce que moi, j’étais sur plein d’aspects féminins et je savais que c’était pas bien de toute façon. Et là, c’était tellement poussé à l’extrême que pour moi, c’était… J’étais complètement à côté de mes pompes.

Camille Bardin

Justement, j’ai regardé récemment ce fameux documentaire « Homo en France » parce que ma mère m’a dit qu’elle l’avait regardé et que ça l’avait beaucoup marqué. Et je me suis dit : « Oula ! Qu’est ce qu’ils ont passé à la télévision française ? » et « Qu’est ce que ma mère a regardé ? » Donc j’ai regardé ça il y a quelques jours. Et justement, t’as un joueur de foot dont j’ai complètement oublié le nom qui montre une vidéo de lui assez horrible dans laquelle… En fait il explique qu’il était le plus homophobe de sa promo parce que justement, il faisait tout pour qu’on ne le crame pas. Et il y a cette fameuse vidéo horrible dans laquelle il tente d’imiter son coach qui avait, entre énormes guillemets : « des manières efféminées ». Et cette vidéo est horrible parce que tu vois que pour te justifier et pour montrer que tu l’es surtout pas – pédé – tu vas bully ceux qui le sont et qui sont out.

Damien Rouxel

Ben oui oui. Moi, pendant très longtemps, j’étais… Aux Beaux-Arts, j’étais plus dans le placard, mais ce n’est pas pour autant que je disais « Je suis homosexuel. » Alors que maintenant… C’est comme ça et ce n’est plus une problématique. Mais là, les insultes ou ces phrases, là, pour moi, ça a vraiment été des phrases percutantes qui m’ont marqué, qui, pour beaucoup, m’ont blessées. Et comme je disais tout à l’heure, il suffit de me l’avoir dit une fois… Pas besoin que tout le temps à la cour de récré, on me pointe ou autre. Juste le fait… Je dis que mes parents ne s’expriment pas beaucoup, mais moi non plus. Donc je suis quelqu’un de très sensible, mais on m’a appris, malheureusement, mais on m’a appris, c’est peut être mon côté le plus mec, potentiellement, mais de verrouiller total et de ne pas fendre l’armure. Parce que pour moi, fendre l’armure, c’est preuve de faiblesse totale. Je me déteste à ces moments là, mais c’est comme ça, c’est transmis et c’est à déconstruire. Toutes ces insultes, toutes ces phrases, elles sont là. Ça a commencé avec cette assiette que tu évoques où dessus, j’ai inscrit « Tu es la honte de la famille, maman. » C’est une assiette en Royan, typique Bretonne. Dans l’idée vraiment des assiettes qu’on peut mettre au mur en décoration. J’ai inscrit cette phrase là, phrase que j’ai entendue le lendemain de mon coming out au téléphone, parce que mon coming out s’est fait au téléphone. C’est ma mère qui m’a dit cette phrase. Sur le moment, clairement, je ne l’ai pas bien vécue, mais assez vite aussi, je me suis dit que dans « Tu es la honte de la famille », parce qu’elle me l’a dit, mais elle était quand même en train de pleurer en même temps… Du drame total ! C’est que « Tu es la honte de la famille », pour moi, dans cette phrase là, ça dit aussi surtout le regard des autres, de la famille et en fait des gens. Parce qu’en fait, je pense que comme on disait tout à l’heure, c’était non dit, mais clairement… À un moment donné, oui, c’était caché parce que ce n’était pas dit, mais en tout cas, ce que je faisais…

Camille Bardin

Mais c’était non dit parce que ça ne devait pas être dit.

Damien Rouxel

C’est ça, ça se faisait et il y avait plein de… Je pense que l’annonce a été un peu une sorte de choc, mais en soit, je pense que la personne avec qui j’ai eu le moins de difficultés, outre ma sœur, mais parce qu’il y a aussi une histoire de génération. Avec ma mère, ça s’est fait hyper simplement. Mais pour autant, on n’en a jamais reparlé en tant que tel. Aussi bien de cette phrase que… Mais avec ma mère, ça s’est fait beaucoup plus simplement. Mais donc, cette phrase, en l’inscrivant aussi, ça a été une manière un peu d’exorcier le mal. Et en même temps aussi, c’est que toutes ces phrases, toutes ces insultes, pour moi, c’est qu’elles font partie du décor, de mon décor intérieur. C’est ma maison, ça m’a construit, c’est comme ça. Ça fait partie et donc c’est des étapes. Très souvent aussi, cette pièce là ou même des textes que je peux écrire ou d’autres choses, les mots, c’est que j’aime les mettre avec… Quand il y a des installations, par exemple avec mes images, j’aime les mettre ensemble parce qu’en fait, d’un coup, ça vient signifier le fait que, comme on l’a dit tout à l’heure, c’est pas si simple que ça, que c’est pas « OK, c’est la Pride à la Ferme » loin de là. Et d’un coup, ça vient… Requestionner, c’est que « OK, il y a ces images là qui se font, qu’on pourrait penser comme impossibles dans ces environnements et complètement folles et improbables. En même temps, il y a ces textes là, ces phrases là, ces mots là. Il y a ces pensées là qui existent, qui vont totalement en opposition de ces images. Tout ça cohabite. Et il y a ça, je pense, dans tous les milieux. Mais que… Et c’est aussi… Moi, très vite, quand il y a eu le coming out de fait, après, j’ai fait « OK, maintenant c’est dit. Ils savent. La relation a perduré, les projets artistiques avec eux aussi. » On continue tout ça, mais moi, je ne vais pas leur imposer mon copain. Ils savent, c’est le temps qui fait. S’ils veulent qu’on viennent, ils nous disent, mais moi, je viendrai tout seul, mais je ne vais pas imposer. Ils savent ce qu’ils perdent ou pas, mais chacun fait son job. En fait, il y a aussi toutes les photos. Quand tu parles au début, dans l’introduction, ça m’a beaucoup parlé de comment la vie impacte le travail et le travail impacte la vie. Clairement, moi, je pense que mon travail on est vraiment là dedans. Parce que quand je vois, avec mes parents toutes les évolutions qu’il y a eu, mais aussi moi de mon côté, le regard que je peux porter sur eux et leur environnement, ça a totalement changé.

Camille Bardin

Ben oui !

Damien Rouxel

Ces mots là, c’est hyper important. J’ai aussi une petite pratique de l’écriture, soit pour des bandes sons, pour des perfs ou des textes que j’énonce, ou alors pour des textes en tant que tels ou pour des installations. J’aime les phrases impactantes, j’aime un peu les uppercuts.

Camille Bardin

Ah bon ? Hahaha ! Ça m’étonne que les punchlines, ça te parle. (Avec ironie)

Damien Rouxel

Et là, j’ai un projet d’exposition personnelle à Lorient pour la fin d’année. Et donc le titre de l’exposition, c’est « Qu’est ce qu’on va dire de nous ? » voilà. Donc il va y avoir des images, il va y avoir des installations. Et là, en ce moment, je suis en train de travailler sur un mur de la honte qui va être constitué d’assiettes chinées, Emmaüs, etc, des assiettes dans lesquelles normalement on mange ou vraiment domestiques. Et dedans, il va y avoir des inscriptions d’insultes à la feuille d’or. Et les insultes ne sont pas que homophobes, c’est toutes les remarques ou insultes qu’on peut recevoir potentiellement en repas de famille, d’où les assiettes vraiment domestiques, pour vraiment faire un mur de la honte. Je pense que ça sera très beau. Et il y a aussi un autre projet que je vais faire pour l’expo où je vais faire une collection de canevas des glaneuses. Je vais en avoir plein et rajouter dessus une broderie sur chaque tableau qui est une insulte ou un qualificatif du monde paysan.

Camille Bardin

Ok.

Damien Rouxel

Parce que, à mon sens, un projet, c’était quand j’ai été aux Beaux Arts en cinquième année, pour une vidéo que j’avais faite qui s’appelait : « Ce rêve de normalité ». Je disais dans l’intro ou la conclusion, je ne sais plus, que le monde agricole, paysan était marginalisé et marginalisant.

Camille Bardin

Exactement.

Damien Rouxel

Je l’ai réévoqué l’année dernière pour le Prix Utopi.e, mais pour moi, c’est vraiment ça. Il y a des luttes queers, LGBTQ+ parce qu’ils ont subi plein de choses, mais le monde paysan aussi subit plein de choses et le regard avec ça. J’essaie de croiser tout ça.

Camille Bardin

Mais c’est bien le propre de l’intersectionnalité ! C’est que là, il y est aussi question de classe et pas seulement de classe, mais aussi de ruralité, etc. Du travail de la terre, tout simplement et de tout ce qu’on projette dessus et tous les stéréotypes. Oui, effectivement, c’est vraiment le propre même de l’intersectionnalité. C’est qu’en tant que femme noire, tu vas subir du racisme auprès des meufs et du sexisme auprès des mecs noirs. Du coup, t’es dans ce… Toi, t’es un peu aussi le cul entre deux chaises à ce niveau là. J’allais dire peut être que tu subis moins d’homophobie dans le monde de l’art, mais genre MDR. Tu vois… Pardon ! J’ai dit MDR, j’ai honte. À l’oral en plus. Quelle horreur.

Damien Rouxel

Génération 2000… (en chantonant et en riant)

Camille Bardin

Ah c’est horrible ! Hahaha ! Je suis une 97, en vrai, c’est plus fort que moi, désolée. C’est terrible. Et ensuite, derrière, tu vois, tu vas subir du classisme aussi quand tu seras dans ton white cube… Donc réussir à faire les deux en même temps. Mais du coup, parce qu’en vrai, cette question rentre à peu près là dedans. Mais du coup, je crois que ce qui m’intéresse le plus dans ton travail, c’est la manière dont tu t’adresses justement aux spectateurs. Quand on parle de ton travail, on emploie souvent le terme de travestissement et bien sûr qu’il a une place essentielle, mais il n’est pas celui qu’on attend. Dans un texte qu’elle a écrit sur ton travail, Fabienne Dumont parle du camp, mais moi, j’ai l’impression qu’il y a plus de gravité dans ton travail que d’humour. Certes, on pourrait se dire qu’il y a quelque chose de burlesque et de drôle dans ta manière de poser ou même dans les situations que tu mets en scène, mais ton visage, il est toujours impassible, stoïque, neutre de toute expression. Je dis ça alors que tu es en train de te marrer, c’est terrible. Hahahah ! Mais en tout cas, il est presque grave. Et en fait, ton travail me fait beaucoup plus penser au spectacle Nanette de l’humoriste Anna Gadsby qu’au show de RuPaul’s Drag Race et dans Nanette d’Anna Gadsby… Donc Anna Gadsby, pour celles et ceux qui ne la connaîtraient pas, c’est une humoriste australienne lesbienne qui a du coup ce spectacle « Nanette » qui date d’y a quatre ans maintenant peut-être… Qui est disponible sur Netflix ! Vraiment, courez le voir… Il m’a retourné le crâne. Dans ce spectacle, elle explique que l’humour est bien souvent une tactique de survie pour les personnes marginalisées, que l’humour se nourrit des tensions qui reposent elles-mêmes sur des traumas. Elle dit vouloir raconter son histoire correctement et que le rire n’est pas un remède, que le rire n’est que le miel qui adoucit l’amertume, que ce sont les histoires qui sont le remède. Du coup, je voulais te demander pourquoi ton regard et ton visage est toujours aussi grave sur les images que tu crées ?

Damien Rouxel

C’est assez drôle que justement, tu dises que j’ai un visage très grave sur mes images et que tu rigoles parce que je suis en train de rigoler. Quand on me connaît dans la vie, je rigole beaucoup, je fais des blagues, etc. Mais c’est vrai que sur mes photos et en général au travail, je suis très sérieux.

Camille Bardin

Ah c’est intéressant ce que tu dis !

Damien Rouxel

Je suis vraiment très sérieux. C’est que moi, j’ai le visage grave sur mes photos, mais mes parents aussi.

Camille Bardin

Oui, tout le monde ! Personne ne se marre.

Damien Rouxel

On est hyper sérieux et c’est parce qu’en fait, clairement, moi, je suis sérieux au travail et c’est que ce qu’on fait, vraiment, on n’est pas des rigolos. Moi, je le fais très sérieusement et il y a ce truc là où on n’est pas des rigolos. Je me souviens qu’une fois, c’était en 2018, c’était à une expo et tout, et puis quelqu’un me dit « Moi, j’adore ton travail, il me fait trop rire. » Et sur le moment… Ça a été mais une blessure. J’ai été vexé.

Camille Bardin

Mais non, mais je comprends de ouf !

Damien Rouxel

Me dire… « Ça te fait rire ? »

Camille Bardin

Oui…

Damien Rouxel

Mais c’est aussi parce que moi, de base, le début de ce travail, c’est vraiment personnel au début. C’est ma position dans cette famille, dans cette ferme, ce mal-être, etc. Donc clairement, ce n’est pas joyeux. J’ai compris après que oui, en soit, mon travail prête à sourire, à rire parce que c’est décalé. Quand on m’a dit « oui, ça me fait trop rire », j’avais peur et pas l’envie, mais je crois surtout la peur qu’en gros, on se moque de nous. Oui, que ce soit de la moquerie. Et qu’en plus, on se moque d’eux, de mes parents. Et ça, on n’est pas des bêtes de foire. Et vraiment, il y a ce truc de… Je pense que cette phrase de « pas être des rigolos », je pense que c’est… Il y a cette gravité et je pense que c’est aussi ce qui intensifie ce décalage. C’est qu’il y a des mises en scène un peu folles ou des accessoires improbables, mais c’est tellement campé que ça semble totalement normal. Parce que souvent, on pourrait faire les mêmes choses, mais de manière totalement fun. Mais non. Mais aussi parce que c’est pas nous. J’adore Ru Paul Drag Race. J’adore les paillettes, j’adore les mises en scène. Bien sûr, mais pas ici. Je crois que, toute l’ambivalence… En fait je crois que j’aime un peu le drame dans les mises en scène, etc. J’aime la gravité, mais comme mes uppercuts dans mes textes, parce que c’est pareil, c’est de la mise en récit, mais forcément, j’appuie là où je veux appuyer, comme sur mes photos. Je mets la lumière où je veux. Par exemple, je pense que ce qui dit un peu tout, c’est que mon film préféré, c’est Moulin Rouge, de Baz Luhrmann. Clairement, on est dans l’opulence, le show, les paillettes, mais on est aussi dans le drame.

Camille Bardin

Oui ! Ok ! 

Damien Rouxel

Et ben voilà ! Hahahah !

Camille Bardin

Très bien Hahah ! C’est pas mal… Non mais ok, trop intéressant. Ça explique pas mal de trucs.

Damien Rouxel

J’adore ça… 

Camille Bardin

Mais c’est vrai que ça me je… Et aller voir Anna Gadsby ! Je ne sais pas si tu as vu Nanette.

Damien Rouxel

Non, mais j’ai…

Camille Bardin

Franchement, ça va te retourner le crâne ! Mais vraiment !

Damien Rouxel

Oui, en regardant, j’ai fait « Enh ! C’est sur Netflix ! Faut que je regarde ! »

Camille Bardin

Oui, vraiment. C’est à dire qu’il y aura un avant et un après Nanette. Je veux trop que tu me dises ce que t’en as pensé. Et n’hésitez pas, les auditeurices, à m’envoyer des messages aussi si vous l’avez regardé, parce que franchement, je pourrais passer ma vie à parler de ce spectacle ! Je passe à l’avant dernière question. Il y a un sujet que j’ai jamais abordé dans PRÉSENT.E… (Tu te moquais parce que j’ai dit ça tout au long de l’interview. Il y a que des premières fois dans cet épisode !) Mais tant mieux qu’on en parle aujourd’hui parce que je crois qu’il est vraiment très intéressant. Le sujet c’est celui de la deuxième étape. Comment, lorsque ça y est, on a présenté sa première expo, qu’on ait déjà eu quelques prix, qu’on a reçu un peu de reconnaissance ; on se remet au travail ou en tout cas, comment on le poursuit ? Comment on écrit ce fameux « album de la maturité », une fois qu’on a fini d’analyser son adolescence, son premier chagrin d’amour, etc. ? Comment faire pour rester identifiable sans s’enfermer dans une pratique ? Je pense que tu es la personne parfaite à qui poser cette question, parce que l’année dernière a un peu marqué un tournant dans ta pratique, tu as été beaucoup montré, etc. Ton travail a été vraiment très présent. Mais aussi parce que tes parents partent à la retraite et vendent cette fameuse ferme qui est un personnage à part entière de ton récit. Comment tu te projettes dans la poursuite de ton travail à partir de tous ces changements là du coup ? Grosse question hein !

Damien Rouxel

Grosse question !

Camille Bardin

Je ne sais même pas si tu as la réponse à cette question !

Damien Rouxel

J’ai toujours des réponses !

Camille Bardin

Trop bieeeen ! J’ai hâte.

Damien Rouxel

C’est juste que là, on part peut être pour une heure de conférence…

Camille Bardin

Franchement, on sera coupé par ma batterie, mais j’adorerais !

Damien Rouxel

En soit, c’est vrai que l’année dernière a été une année assez importante sur plein d’aspects différents. Déjà, j’ai eu ma première rétrospective qui s’appelait « Entre nous » à Lorient, à l’atelier Marcelin. J’ai montré mes photos principalement de 2012 à 2022. Pour moi, ça a été une prise de conscience de voir tout le travail, de voir toutes les évolutions artistiques, mais d’abord humaines et de me dire « OK, là, je continue l’album photo familial ». Après, oui, il y a eu pas mal de gains de visibilité. Il y a eu le Prix Utopi.e qui a été vraiment cool, aussi bien pour la visibilité, même pour moi aussi, de prise de conscience de « Je suis là ». Parce qu’avant de candidater, il y a plein de gens qui m’avaient envoyé l’appel à candidature. Moi, j’étais en doute totale de me dire : « Est ce que je suis assez ceci ? Est ce que je suis assez militant ? Est ce que ce n’est pas trop ceci ? Est ce que ce n’est pas trop cela ? » Je me suis posé un tas de questions. Et c’est pour ça qu’on est probablement aussi graves sur nos photos… C’est qu’en fait on est là et on est présents, on est là. Et il y a vraiment cette idée maintenant, pour moi, de… En fait « on s’impose au regard ». Je me rends compte que c’est ça, c’est vraiment s’imposer au regard et que moi, pendant très longtemps, j’ai considéré aussi que le milieu rural, je n’y avais pas ma place parce qu’on me la donnait pas, que ça n’avait pas à exister là-bas. J’ai fait en sorte de me faire une place dans la ferme de mes parents, bien entendu. C’est un peu une étude de cas, mais c’est aussi parce que je les considérais, mes parents, comme le milieu, comme totalement fermés d’esprit. En faisant ce qu’on fait, c’est montrer qu’il y a des possibles, que ça se fait, peut-être même plus simplement qu’ailleurs, étrangement. Ça se fait, ça prend le temps qu’il faut, mais moi, je considère qu’à partir du moment où on a vu ces images ou ma production. On peut pas dire que ça n’existe pas. Et surtout, on peut pas dire que cet espace là ne le permet pas, que c’est forcément homophobe, raciste, transphobe. C’est pas simple et c’est complètement ambigu et ambivalent sur plein de choses, mais ça se fait. C’est à dire qu’il y a des failles, que les frontières sont pas si grandes que ça. Et clairement, moi, ma pratique, je pense, a clairement sauvé ma relation avec mes parents et mes parents avec moi aussi. Parce que si moi, j’ai eu le sentiment d’être différent de mes parents. Ce que j’ai dû leur renvoyer, ça a dû être que ça aussi, qu’on était pas pareil, que je voulais surtout pas être pareil. Être comme eux. C’est à dire que probablement de leur côté, il y a eu aussi… C’est obligé. Et je me rends compte qu’avec mon travail, on est pas passé… Enfin, moi, je ne suis pas passé agriculteur, eux sont pas passés artistes, mais la frontière, maintenant, elle est vraiment ténue. Ma pratique, c’est vraiment de faire du lien et des croisements. C’est pour ça que cette histoire d’étiquette, je sais que j’ai des étiquettes sur le dos. Le fils d’agriculteur qui pose avec ses parents, le gars de la ferme, de la campagne, le queer, le gay et tout, je sais qu’il y a ces étiquettes là, ce qui est compréhensible et ce qui est normal par rapport à ma pratique. Et puis il y en a probablement d’autres. Mais en même temps, j’en ai conscience, mais il faut que j’aie ces étiquettes là pour exister. Parce que sinon, je n’existerai pas. Parce qu’il y en a plein d’autres, des comme moi, qui sont enfants de, qui sont aussi LGBTQIA+, mais qui n’ont pas ma visibilité. D’autres qui l’ont probablement plus que moi, mais les étiquettes permettent que… Et après, oui, il ne faut pas s’enfermer là dedans, faire la même chose, etc. Et j’ai eu la chance aussi d’avoir des projets. Je suis parti en résidence à Saumur où j’ai bossé autour du monde équestre et du cheval. Et avec Emmanuel Morin, la direction artistique de l’Abbaye de Fontevraud. Et là, c’était vraiment la première fois où je partais de la ferme. Moi, de mon côté, je me suis dit… Prise de risque, encore une fois. Je me suis dit : « Mais peut-être qu’en fait ma pratique marche seulement à la ferme et avec mes parents, parce que c’est mes parents. Mais peut être qu’ailleurs, ce sera juste complètement naze. Ou peut-être que je n’y arriverai pas. » Et puis, comme moi qui prône autour du travestissement aussi cette pratique de l’adaptation, du camouflage, je me suis dit : « Là, on va vraiment voir si je peux m’adapter à un autre environnement ». Je suis partie en résidence avec ces petites inquiétudes là et je me suis dit : « Peut être que ma pratique va changer tout au tout ou pas ». J’étais hyper content parce que ma pratique en soi n’a pas changé dans les principes. C’est que ça a été les mêmes règles du jeu, la même manière de faire, mais avec des codes différents dans des espaces différents avec d’autres personnes. Ça a été tout aussi pluridisciplinaire que ce que je fais habituellement. Ça a été dingue parce que ça, forcément, c’est venu éclairer d’autres points dans ma pratique. Aussi, mon père va probablement partir en retraite l’année prochaine. Moi, j’ai qu’une hâte, c’est que cette ferme soit vendue. Là, c’est vraiment personnel, mais vraiment, j’ai qu’une hâte, c’est qu’elle soit vendue. Parce que sinon, c’est pour moi le piège total, c’est à dire que ma mère continue de travailler, que mon père va aussi continuer, même s’il est en retraite. Et ça, ça peut durer. Donc clairement, c’est le piège total. J’espère que ça va se terminer. Je sais que ça va impacter ma pratique, mais en même temps, c’est qu’il va y avoir des changements, mais ce n’est pas moi qui les impose, donc c’est aussi très bien. Je sais que ça ne va pas durer parce que mes acteurs/actrices seront là. En tout cas, moi, j’ai envie déjà de vivre cette dernière année à la ferme à fond, de pouvoir emmagasiner plein de choses, des matériaux, créer des photos, vraiment profiter de ces derniers instants. Parce qu’au fond, je me dis aussi que c’est un peu moi qui mets fin, d’une certaine manière à ça. Mais aussi parce qu’il y a plein de choses à questionner. Je vois mes parents, ma mère est plus que fatiguée. L’esprit, vraiment, ça devient plus un calvaire qu’autre chose. Mon père est aussi très fatigué, mais c’est que mon père, lui, il a toujours connu cette ferme là, c’était la ferme de ses parents. C’est un homme qui vit pour le travail et qui est homme et qui existe par le travail.

Camille Bardin

Oui… il va falloir se trouver une super asso à intégrer là !

Damien Rouxel

Il y a aussi ça que je veux voir parce que ça va questionner. Ça va venir très vite, mais j’ai vraiment envie de suivre cette dernière année là, d’emmagasiner un maximum de choses parce que j’ai envie de faire un projet pluridisciplinaire. Je ne sais pas encore la forme, mais peut-être que ça sera peut-être une ou des expos qui vont circuler. Je ne sais pas s’il y a des commissaires intéressés, des critiques ou autres, mais j’ai déjà le titre de ce projet et c’est un titre que ma mère m’a donné sans le savoir. Ma mère m’inspire beaucoup et le titre, c’est : « Passer sa vie au cul des vaches ». Ça va être aussi documenté tout ça et puis moi, mon travail avec eux. La ferme va disparaître, mais pas les projets, pas ma pratique. Ça va durer dans d’autres formes. Et en même temps, j’ai hâte de voir comment tout ça, ça va venir. Parce que clairement c’est la vie. C’est vraiment une nouvelle page c’est la vie qui impacte le travail. Clairement !

Camille Bardin

On est bien dedans, là, clairement ! Justement, sur le travail impacte la vie… On arrive à la dernière question de PRÉSENT.E, la fameuse question sur l’argent. Est-ce que tu réussis à vivre de ton travail d’artiste, Damien ?

Damien Rouxel

Ça va de mieux en mieux. Plus les années passent, plus je gagne de l’argent.

Camille Bardin

C’est déjà un bon début !

Damien Rouxel

Ce qui est très bien. C’est une petite victoire. Après, en vivre… Tout est relatif. C’est relatif. Ça dépend des hauteurs d’exigence. En soit, je suis rémunéré pour mon travail, mais ce n’est pas pour autant que… J’ai un job à mi temps. Je travaille à mi-temps dans un musée. Là, je suis même en train de voir pour devenir fonctionnaire dans ce musée, être titularisé parce que pendant plus d’un an et demi, je n’ai pas eu de job alimentaire parce que j’avais des projets et puis…

Camille Bardin

Oui ça prenant trop de temps…

Damien Rouxel

Voilà ! Ce n’est pas possible de gérer le job alimentaire, etc. Et l’année dernière, ça a aussi été un tournant, parce qu’il y a eu beaucoup de choses et je me suis retrouvé à la fin du mois de juin vraiment vidé moralement, artistiquement, parce que j’avais plein de projets et j’étais en grosse galère de thunes. Je passais mon temps découvert/positive alors que j’avais plein de projets. Assez vite, il y a eu ce truc aussi avec l’artistique, de faire comme si c’était un job alimentaire. Clairement, ça, ça me plaisait pas. Surtout qu’en plus, pour un job alimentaire, c’est pourri parce que ça paye pas à hauteur.

Camille Bardin

Oui et puis il n’y a pas de début ni de fin !

Damien Rouxel

C’est ça ! Je fais pas ça pour ça. Je veux aussi faire des projets, moi, qui me parlent. Ma pratique, depuis que je suis diplômée, j’ai jamais demandé de subventions. J’ai eu cette année une première bourse qui s’est présentée… Ma pratique, clairement, je l’ai fait « tout seul », mais ça a pu se faire parce que dès ma sortie d’études, j’ai fait de l’histoire de l’art, donc j’étais aussi boursier, ce qui m’a permis de poursuivre aussi ma pratique. J’ai mon copain qui, clairement, financièrement, a permis une certaine stabilité. Il a permis que s’il fallait aller sur Paris ou se déplacer pour un… Il était là et que clairement, sans ça, la pratique serait peut être finie. Parce que je n’ai pas les moyens. Il y a des loyers à payer. Heureusement qu’il était là pour cette stabilité et qu’il veut bien aussi, qu’il accepte. Sauf que l’année dernière, pour moi, ça a été trop. Je n’ai pas envie de lui faire subir ça tout le temps. Et même pour moi, d’avoir des projets, mais de ne pas avoir d’argent parce que tu attends que l’argent rentre… Que tu dois réclamer ton argent, qu’on te dit « Je suis parti en vacances, donc je ferai le virement à mon retour ! En espérant que ça vous impacte pas trop. » Moi, j’ai reçu ça dans un mail, j’étais fou… Et donc là, j’ai fait « OK ». J’ai eu cette possibilité d’avoir un mi-temps. Et pour ma stabilité financière, stabilité mentale, c’est très bien. Parce que clairement, je suis sorti de là, j’étais vidé. Donc là, je suis beaucoup plus tranquille parce qu’il n’y a pas ces soucis financiers, même si ce n’est pas l’opulance.

Camille Bardin

Oui, mais au moins, t’as cette stabilité.

Damien Rouxel

Voilà ! Et ce qui peut permettre que même si tu dois encore attendre des fois des rémunérations, c’est plus simple que si vraiment tu n’as rien.

Camille Bardin

Mais quand même, quel culot. Il faut vraiment pas avoir besoin de thunes pour partir en vacances en ayant des factures en cours. Mais c’est toujours la même rangaine… Juillet, août, on finit toujours par courir après les gens, mais s’il vous plaît, vraiment, partez en vacances en ayant tout payé !

Damien Rouxel

Et en même temps, heureusement qu’il y a des personnes vraiment conscients de nous… Et heureusement !

Camille Bardin

Oui, de plus en plus. Mais du coup, ça rend encore plus fou quand t’as des gens qui persistent. Parce que t’es là : « mais on en parle de la précarité de plus en plus. C’est un sujet, on parle de tout ça, etc. Comment tu peux te permettre de partir sans payer 1 000 balles ou même 300 ? »

Damien Rouxel

Ah oui tout compte hein ! Même 100 €, ça ne compte pas.

Camille Bardin

Oui, franchement, on est à 100 balles près, les gars. Vraiment. Si pour toi, ce n’est pas important et que tu peux vivre un mois de plus avec 1 000 € qui ne sont pas dans ton compte, tant mieux. Mais… Roh ça me rend ouf !

Damien Rouxel

Nan c’est assez fou… Mais moi en fait j’ai tout le temps travaillé, fait des job alimentaires en plus de ma pratique. Mais moi, ma crainte à la sortie des Beaux Arts c’était toujours que la pratique disparaisse. Moi, ça a été ma hantise. J’ai toujours fait en sorte pour que ça perdure, même si des fois c’est moins… 

Camille Bardin

Oui ben c’est en dent de scie, en fait !

Damien Rouxel

Mais il fallait que ça perdure. Et surtout, et j’en profite… J’en suis là aussi aujourd’hui, parce que j’ai bossé et que je me suis donné les moyens, mais aussi parce que j’ai été soutenu, parce qu’il y a mon copain, mais aussi parce qu’il y a toutes les personnes qui ont fait, qui m’ont donné, qui m’ont accordé du temps, de la visibilité. Parce que sans ça, je serais mort née dans mon oeuf. Parce qu’il y a eu Fabienne Dumont, quatre mois peut-être après ma sortie des Beaux Arts, qui décide de présenter mon travail au Prix AICA, le prix de la Critique. C’était mon premier texte critique… De la visibilité on va dire…

Camille Bardin

Ah ouais direct ! Le premier texte critique qui dure sept minutes. Hahah !

Damien Rouxel

Oui, mais c’est un choix qu’elle avait fait parce qu’elle avait pensé à deux artistes. Puis après, elle m’a dit « C’est toi qui en a vraiment besoin ».

Camille Bardin

Ça, c’est bien ça ! Ça c’est les bon·nes critiques !

Damien Rouxel

Bah ouais et clairement, c’étais trop bien. Il y a eu ça, premier texte critique, donc forcément dans le dossier, c’est un peu mieux que tes textes. Avec cette présentation critique, il y avait Sonia Reacasens qui était là, qui m’a proposé ma première expo collective. C’était un an après mon diplôme, avec plein d’artistes que j’ai rencontrés à cette occasion et que je suis encore. De fil en aiguille, il y a eu tout ça. Il y a Julie Crenn qui est un soutien. Parce que c’est pareil, c’est que j’ai eu la chance que j’ai rencontré des personnes et ce n’est pas forcément que pour un projet, c’est qu’on se retrouve des années après à se suivre. Vraiment, c’est des vrais soutiens. Sonia, j’ai réexposé avec elle, elle a présenté mon travail au FRAC Poitou Charentes pour des acquisitions. Julie, on a déjà travaillé plusieurs fois ensemble. On va retravailler ensemble sur des projets. Il y a aussi l’exposition MacVal avec Franck Lamy en 2019. Il y a eu plein d’étapes. Pareil, l’atelier A, le Tracks. Enfin, il y a plein de choses qui ont fait que je suis ici a parlé de mon travail. C’est tous ces espaces là et toutes ces personnes qui permettent de donner du temps et de la visibilité, merci à elles parce que clairement, on n’est pas tout seul et toute seule à faire et on sait que ce n’est pas que le travail qui fait qu’on va réussir. Donc c’est bien quand toutes les planètes s’alignent. Et c’est surtout que je me dis que ça peut permettre à d’autres artistes, à des jeunes artistes, à des étudiant·es de voir et entendre d’autres choses et de se dire qu’il y a peut être d’autres voies possibles que les esthétiques qu’on nous donne à l’école ou qu’il n’y a qu’une manière de réussir. Pour moi, ça, c’est ma plus grande réussite que des jeunes artistes ou chercheureuses  me citent pour des recherches ou à des diplômes. Pour moi ça, c’est… Ça, c’est le must. Oui, pour moi, c’est ma plus grande réussite parce que je me revois moi aussi dans mes études citer des artistes qui clairement m’ont marqué au fer rouge, qui sont là et que c’est toujours ces personnes que je vais citer et de me dire que peut-être que moi, je participe à la construction d’une individu, c’est complètement fou. C’est juste gratifiant de se dire qu’on sert à quelque chose et que le bon à rien n’est peut être pas si bon à rien.

Camille Bardin

C’est parfait. De finir là dessus, je trouve, le bon à rien n’est pas bon à rien. Merci. Merci Damien.

Damien Rouxel

Merci à toi !

Camille Bardin

Merci pour ton temps, pour tous ces mots. Merci, cher·es auditeur·ices, de nous avoir écoutés. Je vous invite à suivre le podcast sur toutes les plateformes d’écoute et sur Instagram. Je remercie aussi David Walters de m’avoir prêtée sa musique pour le générique. Et puis je vous dis à dans 15 jours. Merci, Damien !

Damien Rouxel

Merci Camille !

Camille Bardin

Merci merci merci ! C’était trop bien !

Publié par Camille Bardin

Critique d'art indépendante, membre de Jeunes Critiques d'Art.

Laisser un commentaire