ZONE À PARTAGER

Camille Bardin

Bonjour à toutes et à tous, j’espère que vous allez bien. Je suis ravie de vous retrouver pour ce nouvel épisode de PRÉSENT.E ! 

PRÉSENT.E est un podcast dans lequel je souhaite porter au jour ce qui vient en amont puis en aval de l’art contemporain. Mes questions portent donc rarement sur les œuvres en elles-mêmes mais davantage sur toutes les réflexions et les doutes qui gravitent autour de celles-ci. Car ici je m’intéresse d’abord à la manière dont la vie de mon invité.e impacte son travail puis à l’inverse à la façon dont son travail vient impacter sa vie. Dans PRÉSENT.E j’essaie de mener les conversations comme j’ai l’habitude de le faire en tant que critique d’art dans les ateliers d’artistes ou à la terrasse des cafés. Sauf qu’ici nous sommes enregistré.e.s et vous avez la possibilité de tout écouter.

Et pour la première fois dans PRÉSENT.E, j’ai décidé de vous glisser dans ma poche, non pas pour vous amener dans l’atelier d’un ou d’une artiste mais pour vous faire découvrir un lieu. Enfin pas vraiment ou pas seulement… Parce que ce dont je souhaite qu’on parle aujourd’hui c’est certes un espace à proprement parlé, un endroit où on peut se rendre mais c’est aussi un groupe de recherche, un rassemblement entre collègues. C’est aussi un espace de monstration, un outil de médiation et un atelier de production. En bref, c’est un objet hybride qu’on va essayer d’appréhender dans cet épisode en allant à la rencontre de celleux qui le font. Et pour cela direction le Centre d’art de La Ferme du Buisson à Noisiel dans le 77. 

Alors pour celleux qui suivent assidument PRÉSENT.E vous savez que j’ai un lien particulier avec ce centre d’art. En début d’année, Thomas Conchou, alors qu’il venait d’arriver à la direction artistique du lieu, m’a proposée d’y faire une résidence d’écriture pour réaliser une série de podcasts sur les artistes présentées dans la première exposition qu’il curatait là-bas : Les Sillons. Pendant trois mois, j’ai donc eu le plaisir de travailler sur place, de discuter avec les équipes et de me familiariser au lieu. Et c’est comme ça que j’ai découvert ce qui nous intéresse aujourd’hui : La ZAP Alors au début je vous avoue que c’était un peu obscure pour moi… J’entendais les équipes de la Ferme dire « On a réunion ZAP jeudi » ou encore « On les a invité à la ZAP » ou « faut qu’on trouve des activités à faire à la ZAP ». Et un jour, j’ai finalement assisté à une de ces fameuses : « réunion ZAP ». Et alors j’ai compris. ZAP c’est l’acronyme de Zone à Partager. Une entité de du centre d’art de la ferme du Buisson qui est autant un lieu convivial destiné à tous les publics de la Ferme conçu pour la médiation en autonomie mais aussi un projet collectif porté par des salariées volontaires qui ont a coeur de réfléchir à au renouvellement des liens entre le centre d’art contemporain et ses publics. Et ce que je trouve particulièrement passionnant dans ce projet c’est que c’est ce groupe de travail qui pense cet espace : son contenu et les activités qui y sont proposées. C’est à dire que toutes et tous, quelques soient leur post au sein de la Ferme – qu’iels soient à la com, à l’admin, à la prod ou à l’accueil peuvent contribuer à la vie de la ZAP. Alors pour mieux comprendre comment tout cela fonctionne j’ai réussi à me faufiler à un RDV de Sonia Salhi, l’adjointe à la directrice de communication qui rencontrait un journaliste de la presse local pour lui parler de ce fameux lieu et ce qui est bien avec Sonia c’est qu’au delà de son poste à la ferme elle est surtout une des membres fondatrices de la ZAP… 

Journaliste

[Début reportage] Je vais peut être vous laisser la place à côté, pour le micro ?

Camille Bardin

C’est super gentil, merci, c’est trop bien !

Sonia Salhi

Du coup, je ne sais pas si je vous explique ou si vous aviez des questions ?

Journaliste

Je veux bien que vous m’expliquiez déjà un peu l’historique.

Sonia Salhi

Ouais ok, donc c’est un projet, la Zone à Partager, c’est un projet qui est né en 2018. En fait, il y a une ancienne directrice du Centre d’art de la Ferme du Buisson qui avait commencé à parler de repenser les liens pour la médiation des œuvres, etc. Et ensuite cette directrice est partie. Mais l’équipe de la Ferme du Buisson a continué à réfléchir autour de ce projet. Donc on se faisait des réunions assez régulièrement pour penser… Voilà comment on peut faire pour réinventer la médiation dans les lieux d’art contemporain. Et voilà. Et repenser nos liens avec les différents publics, les usagers et les usagères, qui fréquentent le lieu. Donc on a beaucoup réfléchi. Au début, c’était assez théorique. On a fait aussi appel à des artistes qui sont venu·es nous aider dans le processus de réflexion. Donc, il y a une artiste comme Marie Preston qui avait une exposition autour de la co-création à ce moment là, qui est pas mal intervenue. C’est elle qui nous a, entre autres, aidé à trouver le nom de la Zone à Partager. En fait, on voulait… Parce qu’au début c’était un peu appeler la Family Room et on s’est dit que là, la Family Room ça faisait trop famille et que cet espace, en fait, il est pour tous les publics et qu’on ne veut pas que ça se réduise à juste un espace pour les enfants. Et l’idée, l’idée, c’était d’un peu d’en faire un espace. On appelle ça de médiation en autonomie pour aussi déplacer le rôle de la médiation qui ne soit pas genre la personne qui sait et qui dit ce qu’on doit savoir, ce qu’on doit comprendre, etc. Et qu’on puisse plutôt, par la pratique, appréhender les œuvres autrement et les expositions, les expositions autrement. Donc on est, on est aussi pas mal parti de tous les a priori que les gens pouvaient avoir sur l’art contemporain ou sur les institutions qui pouvaient être de se dire : « Je comprends pas, on peut pas toucher, je pourrais faire pareil. » Ce genre de choses, On s’est dit : « Bah en fait on va renverser ça et on va se dire bah oui, en fait vous êtes dans un endroit où si vous voulez, vous pouvez faire pareil. » Donc on est parti un peu sur le « Fais le toi-même ». Donc on s’est dit on va développer des outils et un espace, parce qu’au début c’était même pas sûr que ce soit, que ça devienne un espace. En fait, au début, on s’est dit ça pourrait être comme une grosse boîte à outils avec des outils de médiation différents. Et à un moment donné, on s’est dit : « Bah en fait, ce serait quand même bien que ce soit matérialisé par un, par un espace. » Et c’est important en fait que les publics puissent fréquenter cet espace et y trouver des outils à l’intérieur pour créer, exprimer, expérimenter, pratiquer et voilà… Et un peu faire… Plus que voir. Enfin voir et faire, c’était assez important. [Fin reportage]

Camille Bardin

Ok ok ok ! Donc là, on s’attaque à un des pans les plus importants de la ZAP à savoir que c’est notamment un espace, un lieu dédié à la médiation en autonomie où la pratique est centrale. Et pour cela, les équipes de la Ferme imaginent une multitude d’outils qui sont soit pérennes soit en écho avec l’exposition alors présentée à la Ferme. Pour comprendre exactement ce qui s’y passe, j’ai voulu discuter avec Terah Noll. Terah c’est une des médiatrices du Centre d’Art qui a en plus participé à la naissance du projet. Du coup j’avais envie qu’elle nous décrive comment les activités sont imaginées. 

Terah Noll

[Début Interview] Mais du coup, les activités. On essaye à chaque exposition de réfléchir ensemble à ce qui pourrait résonner avec les thèmes de l’expo, mais qui est aussi faisable en autonomie et ce qui potentiellement peut être un peu, peut-être, détourné… Des matériaux qui peuvent servir à autre chose. Donc c’est aussi l’occasion parfois de mettre à disposition du matériel qui n’est pas juste des feutres.

Camille Bardin

Oui oui, c’est ça, un peu au delà de ça.

Terah Noll

Même si l’idée c’est qu’on peut aussi nous demander de sortir du matériel, mais c’est plus occasionnel et c’est pas tout le temps là. Donc par exemple, pour l’exposition des Grains de Poussière sur la Mer, on avait fait un drapeau collectif et on avait sorti plein de tissus. Et là on n’avait pas estimé à quel point les gens allaient adorer, genre faire des mini drapeaux. Et du coup c’était vraiment, je pense, l’atelier qui a le mieux marché. Notre drapeau était rempli de mini drapeaux, c’était super. Et les gens en fait, les gens sont allés hyper loin, ils ont passé des heures à faire des des… Alors qu’en plus c’était pas forcément le meilleur matériel. Je veux dire, c’est de la colle, c’est pas voilà. Et puis après il y a des choses qui sont plus spécifiquement reliées à des œuvres, parce que là c’était vraiment à la thématique un petit peu de qu’est ce que c’est un drapeau ? Par rapport à l’identité… Comment on peut… Que ça… [Elle se reprend] Comment ça peut devenir un objet de revendication et pas quelque chose qui nous est imposé comme ça ? Et donc pour Les Sillons, on a fait une œuvre qui était une… Enfin une activité qui était l’extension d’une œuvre que Mélina Gorafi, qui était dans l’exposition, faisait déjà avec les Anges de Rebuts et où elle cartographie la statuaire féminine dans l’espace public. Et donc on a proposé aux gens de répertorier la statuaire féminine d’Ile de France (On a quand même un peu limité…) Qu’iels connaissaient et on a eu des vraies statues et on a eu aussi beaucoup de statues imaginaires. Et donc là c’est aussi un peu un truc de… « Ah bah on n’avait pas du tout pensé que ça allait devenir ça. » Et à un moment, on s’est posé la question de : « Est-ce qu’on le recentre sur vraiment le travail de Mélina ? » Et en même temps non, parce que c’est comme ça que les gens se le sont appropriés et du coup c’est devenu une… Vraiment un truc de statuaire imaginaire. Que féminine en plus ! Peut-être que ça a un peu… Parce que je crois que quand-même, dans la démarche de Mélina, il y a une réflexion sur « Comment les femmes, elles sont représentées dans l’espace public. » Mais là ça a dépassé ça. Du coup, ça devenait : « Comment on voudrait peut-être qu’elles soient représentées dans l’espace public ? » C’était assez chouette. Il y avait beaucoup d’autoportraits, d’enfants, mais voilà…

Camille Bardin

Quel égo !! Hahaha 

Terah Noll

Hahahaha [Fin interview]

Camille Bardin

Au delà des activités ponctuelles qui sont pensées en écho avec les expositions du Centre d’art, on trouve aussi des propositions pérennes qu’on peut activer n’importe quand. Il y a bien sûr les traditionnels crayons de couleurs, du tissu, une bibliothèque, une machine pour faire de la risographie et j’en passe. Mais les équipes ont aussi imaginé d’autres choses comme la tutotèque et la matériotèque.

Terah Noll

[Reprise interview] Du coup, la matériotèque, c’est un outil qu’on a depuis l’ouverture de la ZAP.

Camille Bardin

Donc ça va vraiment avec.

Terah Noll

Et c’est quelque chose qu’on a trouvé important dès le début. Et c’est une collection de petits objets qui sont en lien avec les œuvres de l’exposition. Qui sont des choses qu’on peut toucher. Qui répondent à plusieurs besoins, qui sont ceux des personnes qui seraient malvoyantes ou non-voyantes, qui du coup peuvent accéder aux œuvres de manière alternative. Par le toucher. Mais en fait, je pense qui répond à un besoin de toustes à toucher les œuvres. Et du coup on le donne souvent aux enfants qui viennent, mais on le propose aussi aux gens quand on voit qu’ils ont envie de toucher. On n’a pas toutes les œuvres, mais on essaye de récolter des choses pendant le montage, directement auprès des artistes ou de l’équipe. Maintenant, l’équipe technique, l’équipe de montage ben en fait, ils savent qu’on a la matériothèque, donc ils nous donnent d’eux-mêmes des chutes. Donc ça, c’est aussi trop bien parce que ça a permis d’amener la médiation dans le moment du montage. Et ça permet aussi quand on utilise, parce que des fois on visite, on utilise la matériotèque, ça permet de parler de comment une expo elle est faite et de lier les deux choses qui normalement ne se touchent pas, qui sont le montage et la médiation puisqu’ils existent de part et d’autre du vernissage. Hahaha 

Camille Bardin

C’est bien dit ! Hahah 

Terah Noll

Et, et maintenant je pense qu’avec la ZAP, avec… Après on le fait aussi dans les ateliers. Dans les ateliers, j’essaye vraiment d’avoir au moins une fois toutes les deux expos, un atelier qui est vraiment sur la technique, sur le montage, sur la lumière, le son, la construction. Pour parler des métiers, un peu de l’art. Et surtout avec la ZAP, on a construit un vrai lien entre la médiation et la technique… Je pense, c’est aussi ce qu’on essaye de trouver dans le groupe de travail de la ZAP pour lier ça. Donc moi j’adore et la matériothèque marche hyper bien ! Et des fois on a même des artistes qui nous font des mini œuvres pour la matériotèque, donc ça c’est trop bien !

Camille Bardin

Et la tutothèque ?

Terah Noll

La tutothèque, c’est quelque chose qu’on a toujours eu envie de mettre en place mais qu’on.. Qui est en phase de mise en place. Donc l’idée de la tutothèque, c’est d’avoir une sorte de stock, je sais pas d’archives, de bibliothèque ! De bibliothèque de tutos, de choses un peu à faire dans la ZAP mais aussi à faire chez soi, à ramener, qu’on pourrait prendre en photo. Pour donner justement cette idée que tout le monde peut avoir une idée d’activités à faire, à proposer, qu’on a du matériel qui est toujours disponible. Donc on peut partir de là. Et pour ceux ou celles qui ne sauraient pas quoi faire et ben ils peuvent consulter la tutothèque. Et de visibiliser aussi je pense, le fait qu’on est ouvert·es aux idées des autres et au partage du savoir de chacun, chacune. Voilà.

Camille Bardin

Il y a une personne qui avait donné une idée sur Zelda…

Terah Noll

Oui, on a une collègue qui a fait une carte pour retrouver. Je sais pas, je connais pas Zelda… Un trésor je crois ! Un truc caché dans Zelda.

Camille Bardin

Par exemple.

Camille Bardin

[Fin interview] Finalement, ce que j’avais envie que Terah me dise en tant que médiatrice, c’est ce qu’elle projetait sur cet endroit qu’est la ZAP.

Terah Noll

[Reprise interview] Ce que je voulais pas, c’était un lieu de médiation où on n’avait pas le choix de ce qu’on pouvait faire. Je voulais vraiment qu’il y ait des outils à disposition. Après, je pense que… J’ai… Je suis la… Du coup, je suis chargée de médiation au Centre d’art et je suis la seule personne qui – jusqu’à récemment puisque maintenant Guillaume a un contrat – mais j’étais la seule personne salariée qui avait la mission de médiation au Centre d’art uniquement. Puisque les RPs [ndlr. responsables publics] sont sur les trois, les trois disciplines et j’ai une connaissance de… J’ai que… En fait, j’ai toujours fait de la médiation en art contemporain. J’ai jamais fait autre chose, mais on avait tous un peu les mêmes envies en fait, on avait envie que ça soit un lieu d’expérimentation, que ça ne soit pas un lieu figé, que ça soit un lieu qui se réfléchisse. Et je pense qu’on a… En fait, on a trouvé dans l’expo de Marie [ndlr. Marie Preston] la théorie qui allait avec ce qu’on avait déjà de pratique. Et que c’était aussi important pour nous de dire que ça reposait sur la pratique de la médiation qui existait déjà et qu’effectivement, il y a des théories d’éducation populaire, de pédagogies alternatives qui viennent un peu appuyer ça. Et en fait aussi, prendre ce qui souvent s’applique qu’aux enfants et l’appliquer à tout le monde. Mais du coup c’est hyper difficile… Hahah ! Parce qu’on n’a pas l’habitude ! Mais de commencer en se disant bah si on sait que les enfants ils peuvent apprendre en faisant, et bien pourquoi pas les autres aussi ? Les enfants peuvent être moteurs de leur propre savoir par la curiosité. Bah pourquoi pas les adultes finalement ? [Fin interview]

Camille Bardin

Bon, vous l’aurez compris, là il y a un sujet. Qui dit ateliers, crayons de couleur, expression libre dit souvent public d’enfants. Si bien qu’une grande partie du travail que mènent les salariés membres de la Zone à Partager, c’est de faire en sorte que des adultes s’y installent et n’imaginent pas que c’est un endroit uniquement destiné aux plus petits. Pour cela, ce que disait Sonia tout à l’heure, c’est qu’iels ont d’abord abandonné le nom Family Room, de sorte à ce qu’on puisse décoréler cet espace de l’enfance. Mais vous vous en doutez, cela ne suffit pas et il a fallu une multitude de réflexions pour avancer sur ce sujet. C’est Terah qui nous en fait part.

Terah Noll

[Reprise interview] Alors les adultes, je pense qu’on a su dès le début que ça allait être plus difficile de les faire venir. Et ça s’est confirmé parce qu’en fait, dès qu’on voit un espace pour faire, on se dit que c’est réservé aux enfants. Aussi, les personnes adultes qui venaient sans enfants à la ZAP, c’étaient souvent des personnes qui étaient déjà dans des démarches pédagogiques, militantes. Donc qui ont l’habitude en fait. Qui ont un peu déjà brisé ces barrières là. Et du coup, on s’est vraiment posé la question de : « OK, comment on fait ? » Et on se dit que c’était beaucoup esthétiquement, qu’il y avait un frein. Que les gens se sentaient un peu exclus. Mais en même temps… Par exemple, parce qu’on a des tables à hauteur d’enfant. Mais on est obligés d’avoir des tables à hauteur d’enfants parce qu’il faut que ce soit accessible à tous et les enfants ne peuvent pas être sur des grandes tables. Donc c’est ça aussi peut-être déconstruire l’idée que les espaces des enfants et les espaces des adultes doivent forcément être séparés. Qu’un enfant ne puisse pas avoir accès à l’espace des adultes et vice versa. Et on a réfléchi aux couleurs. C’était Christian qui nous avait dit : « Les couleurs, c’est trop enfants »

Camille Bardin

Christian, c’est le régisseur du centre d’art.

Terah Noll

Oui ! Et en fait, notamment quand on a invité le Club de Bridge, on s’est dit : « c’est super, c’est noir et blanc. » Et c’était vrai que il y a plein d’adultes qui ont participé. Même s’il y avait toujours la barrière d’entrée, les personnes qui rentraient étaient plus propices à participer à ce que le Club de Bridge avait proposé que, par exemple, aux petites activités que nous on propose. Donc le… Et puis en fait, à chaque fois on y pense, à chaque fois on se dit : « Ok, on va mettre ça, mais comment ça va être perçu ? Comment est ce qu’on peut allier la nécessité d’avoir des choses qui sont, qui font que c’est accessible aux enfants ? Et la réalité qui est que c’est plus difficile pour les adultes d’accéder à ces espaces que les enfants. »

Camille Bardin

Mais c’est ça que je trouve aussi intéressant avec la ZAP, c’est que à la fois c’est un espace théorique, vous en parlez beaucoup, vous réfléchissez beaucoup autour de ça et en même temps cette théorie là, au bout d’un moment, il faut qu’elle s’applique et là ça va passer sur des réflexions… Pour le coup, vraiment, c’est « brut de décoffrage » qui me vient parce qu’il est tard hahah ! Mais tu vois : très pratiques. À savoir… Ce matin, il y avait donc une réunion ZAP et la question c’était autour du tableau noir. Tout simplement. Et dans la première ZAP, vous expliquiez qu’il y avait un… Dès qu’on rentrait dans la ZAP, on tombait sur ce tableau noir qui fait très école. Et je trouve que c’est ça aussi qui est intéressant, c’est que, en fait, ça va être vraiment sur des trucs pratico-pratiques de couleurs, d’agencement, de taille, de si on met des crayons de couleur, là du coup ça fait tout de suite penser à l’enfance, etc. C’est ça que je trouve, ouais, c’est intéressant quoi ! 

Terah Noll

Mais c’est trop bien de pouvoir. En fait, je pense que l’on a très vite compris à quel point c’était utile que l’espace soit ouvert pour la réflexion. Parce qu’en fait, comme on l’a lancé un peu en disant : « allez, on y va, let’s go ! » C’est bon et que ça nous permet d’ajuster des choses et qu’on garde dans cet espace l’idée que c’est expérimental, que ça peut changer. Et donc c’est ok quand on voit qu’il y a un truc qui marche pas, quand on doit adapter des choses. Et oui, du coup. Et je pense que aussi c’est trop chouette d’avoir un espace où en fait on réfléchit tous ensemble aux solutions hyper pratiques en fait, et où du coup le pratique rejoint un peu la théorie. Toujours tout le temps. Mais oui, le tableau noir quoi…

Camille Bardin

Le trauma hahaha !

Terah Noll

Non mais moi il me traumatise pas. Mais j’étais forte à l’école donc euh..

Camille Bardin

Ben voilà, c’est ça, ça aide ! Hahaha (Précision : Le tableau noir qui est le mur des expressions d’expression où chacun, chacune peut prendre une craie et s’exprimer comme iel le souhaite.) [Fin interview]

Camille Bardin

Pour palier ce problème de la moindre présence des adultes dans la ZAP, mais aussi pour enrichir tous ces échanges dont tu parlais. Les équipes de la ZAP ont aussi très vite invité des artistes à venir collaborer avec elleux. Terah a rapidement évoqué le Club de Bridge. Plus tôt, Sonia évoquait quant à elle le fait que c’était l’artiste Marie Preston qui avait été à l’origine du nom Zone à Partager. Je la laisse nous en dire un peu plus sur ces liens qu’entretiennent la ZAP et les artistes.

Sonia Salhi

[Reprise reportage Sonia] Pour cet aspect aussi : « pas que les familles et tous publics. » On essaye d’intégrer des temps forts et on propose… On a proposé à des collectifs d’artistes, par exemple de venir travailler avec nous dans cet espace pour proposer des choses au public et des événements par exemple, qui puissent aussi… En fait, on a remarqué que les enfants, ils ont aucun souci à aller dans ce genre d’espaces, à dessiner, à créer, etc. Mais pour les adultes, il y a tout de suite un frein. C’est c’est un truc pour les enfants et en fait on se dit on a envie de montrer que non ! C’est pas que un truc pour les enfants en fait. Et du coup on avait par exemple un collectif qui s’appelait Club de Bridge, qui était venu et qui avait investi une partie de la zone à partager et on pouvait. Ils avaient travaillé sur les cités dortoirs, sur le droit à la paresse, le rapport travail / temps libre, etc. Et il y avait une activité où on créait des drapeaux ou des banderoles avec des slogans autour de l’éloge de la paresse, etc. Donc là c’était des personnes qui pouvaient venir et on avait fini par une manifestation pour le droit à la paresse, où on avait déambulé avec ces panneaux qui avaient été faits par des gens qui n’étaient pas forcément là à la manifestation, mais qui l’avaient fait tout au long du temps de l’exposition. Et on avait pris ces panneaux, ces drapeaux, et on avait déambulé dans Noisiel pour terminer par une sieste collective dans le parc de Noisiel. C’est un exemple. Voilà. Après il y a un autre collectif qui était intervenu qui s’appelait la Club Maed et qui pour le coup, avait par exemple créé un jeu de société autour de l’écriture inclusive, autour des typos, etc. Et donc ce jeu, il était disponible. Donc voilà, ça peut prendre différentes formes. Et là, pour cette exposition, pour l’instant il n’y a pas eu de collectif, mais par contre on a aussi ouvert cet espace de réflexion à des usagers des usagères de la Ferme du Buisson qui sont les abonnés. On va dire qu’on appelle des « buissonnièr·es » pour venir réfléchir avec nous et pour nous proposer des choses. Et donc ces buissonnière et ces buissonnières nous ont proposé, le 21 janvier, un dimanche à 14 h ou 14 h 30, un événement qu’on a appelé le Club ZAP. Et en fait, c’est un événement où chaque personne peut venir avec sa pratique personnelle. Alors ça peut être : « Je fais de la couture chez moi, je fais du point de croix, je fais des origamis. » Enfin voilà, vraiment sa pratique créative personnelle et la partager avec d’autres. Et l’idée c’est d’avoir des discussions autour de ça. Chacun peut venir et échanger. C’est vraiment des temps de transmission, d’échange autour des pratiques créatives. Et donc ça, c’est un événement public ou qui a été pensé à la fois par, voilà, les salarié·es qui sont dans le collectif de la ZAP et ses buissonniers buissonnière. Pour le public et pour le tout public. [Fin reportage]

Camille Bardin

Bon, là on touche au deuxième point, le plus important concernant la ZAP. Parce que si la zone à partager est un espace de médiation en autonomie, ce serait franchement dommage de la réduire à cela. Parce que la Zone à Partager, c’est aussi un groupe de travail qui réfléchit à la notion même de travail. Et ça, je trouve ça génial. En interne, il faut comprendre que n’importe quel·le salarié·e de la Ferme du Buisson peut se joindre au groupe pour contribuer à l’élaboration des ateliers, imaginer les devenirs de la ZAP ou même proposer des artistes avec lesquels collaborer et ce, sur son temps de travail. Tout ça, ça s’illustre d’une multitude de manière. Déjà tous les mois, les membres de la ZAP se réunissent pour parler de toutes les affaires courantes, mais pas uniquement. Il y a quelques mois, la ZAP a déménagé. Jusqu’ici, elle avait toujours été dans un petit espace adjacent à l’exposition. Mais depuis l’arrivée de Thomas Conchou à la direction artistique du Centre d’art, la ZAP s’est installée au rez-de-chaussée, juste en face de l’accueil, dans une salle magnifique et accessible aux personnes à mobilité réduite. L’ensemble des travaux qui a nécessité ce déménagement a été mené par les membres de la ZAP qu’iels viennent, encore une fois, de l’accueil, de l’admin, de la prod, de la médiation, bref, quel que soit leur service ! Et ce qui est clair, c’est que ce jour, la ZAP était bien remps…

Sonia Salhi

[Début reportage travaux – bruit de plusieurs personnes qui discutent dans le fond] Et bien là, autour de cette petite scie circulaire, on a donc Guillaume qui travaille à la médiation du Centre d’art contemporain, Zélia qui travaille à la production du Centre d’art contemporain, Léa qui est au service des publics et David qui est à l’accueil du cinéma.

Camille Bardin

Et au fond ?

Sonia Salhi

Et au fond. Donc il y a Lucie qui est la responsable du service des publics, Christian qui est à la technique, Nina au service communication, Terah au service médiation du centre d’art et Zoé qui est au service des relations publiques. Et on a aussi Audrey qui est au service production avec Alice qui est aussi au service production.

Camille Bardin

Et donc là, comment ça s’est passé ? Les gens se sont inscrits, Enfin toi tu as expliqué qu’il y avait cette journée là de construction, comment ça se passe en fait, les gens sont là sur leur temps de travail, etc ?

Sonia Salhi

Oui, en fait, on a construit un planning avec, du coup, Christian. En fonction de ce qu’on voulait faire, il a défini avec nous des temps de travail. On s’est dit que c’était important d’avoir un temps où il y avait le plus de monde possible pour les explications des outils pour qu’ensuite on puisse être plus autonomes sur les ateliers qui auront lieu tous les après-midi de la semaine, qui sont en plus petits groupes. Et à partir de ce calendrier établi, on a fait un calendrier et on a demandé à toutes les personnes qui souhaitaient s’inscrire de s’inscrire à la fois sur le lundi, (entre guillemets : obligatoire) ou en tous cas, très conseillées, et sur un autre atelier dans la semaine. Voilà, donc les personnes s’inscrivaient en fonction de leurs disponibilités. Il y avait quand même une problématique du coup de rentrer ça dans le temps de travail. Donc chaque service pouvait… Il fallait que les chefs de service soient ok pour que les personnes puissent se détacher du temps dessus. Mais on voit que quand même, il y a pas mal de services différents. Donc c’est que voilà… On joue plutôt le jeu, on joue plutôt le jeu à l’échelle de la ferme en général quoi.

Camille Bardin

Parce que c’est bien une des spécificités de la ZAP, c’est que, systématiquement, c’est sur vos temps de travail respectif, etc. Ça ne va pas être sur un soir, après 18h, après le travail, etc. C’est vraiment intégré en fait dans vos fiches de poste ?

Sonia Salhi

Oui oui, oui, exactement ! Alors c’est pas dans nos fiches de poste pour le moment. Mais en tout cas c’est intégré. Alors c’est plutôt, on va dire, un usage, ça n’a pas encore été tout à fait formalisé, ce qui peut créer des fois des petites difficultés au sein d’un service ou d’un autre. Parce qu’en fonction de ton activité, ça peut créer encore des petites, des petites disparités comme ça. Mais en tout cas on est sur une idée de vraiment le formaliser et tout le monde vient sur son temps de travail. Et même si c’est un soir, c’est compté dans le temps de travail. Voilà, c’est pas bénévole, vraiment ça, c’est acté et c’est vraiment dans le temps de travail. Il y a juste ce truc de pouvoir réussir à se détacher de son activité quotidienne qui peut être difficile pour certaines personnes qui aimeraient venir et qui ne se sentent pas. Voilà qui nous disent : « J’aimerais bien venir mais en fait je peux pas, j’ai trop de travail ou ça, voilà. »

Camille Bardin

[Insert voix reportage] Une fois toutes et tous réuni·es, les membres de la ZAP ont comme objectif d’imaginer le nouvel espace. Et là encore, ce sont iels qui sont à l’origine des propositions.

Camille Bardin

[Reprise reportage interview] Qu’est-ce que tu fais Terah ?

Terah Noll

J’écris les idées qu’on a eu ce matin pour des trucs qu’on ne pourra pas faire cette semaine.

Camille Bardin

Et c’est quoi ?

Terah Noll

Euh… J’ai mis, système de bac poulie. Est-ce qu’on va se souvenir de ce que ça veut dire ? Pour les manteaux.

Christian Giordano

« Pully » j’aime bien « pully » [ndlr. Terah l’a orthographié comme ça]

Terah Noll

Je ne avais pas comment ça s’écrivait ! 

Christian Giordano

C’est marrant « pully ! »

Terah Noll

C’est I-E-S ? 

Christian Giordano

P-O-U-L-I-E

Camille & Terah

Heeeeein ! 

Terah Noll

Juste un L ?

Christian Giordano

Pull c’est « tirer » ?

Camille Bardin

Ahhhh ! C’est pour ça !

Terah Noll

Oui, du coup c’est ça le vrai truc !

Christian Giordano

Ouais… [Et il continue à lui dicter] L-I-E…

Terah Noll

Deux L ?

Christian Giordano

Non, un seul ! Hahahahaa

Terah Noll

Hahahah 

Camille Bardin

C’était tout beauuuu ! Hahahaha

Christian Giordano

Tu vas me le dessiner du coup !

Terah Noll

[Terah se met à dessiner] Un truc, genre… Là tu mets… Tu descends… Là y-a un bac qui descend et les enfants y mettent leur manteau et après tu le remontes !

Camille Bardin

Trop bien ! Terah est en train de dessiner la fameuse poulie !

Terah Noll

On ne va plus avoir de place pour les autres idées !!!

Camille Bardin

Cette feuille qui était magnifique devient un énorme brouillon hahaha.

Terah Noll

Il est où le bac là ? [Elle parle à Christian qui a repris le dessin]

Christian Giordano

Le bac, il est là ! Avec les petits manteaux… Les chapeaux. Hahhahaa

Camille Bardin

C’est un chapeau, ça ? Hahaha

Terah Noll

Et comment tu les appelles ça ? Des cagibis ?

Christian Giordano

Des niches, des niches.

Terah Noll

C’est beaucoup plus beau niche.

Camille Bardin

C’est un peu chic.

Terah Noll

Dans le mur…

Camille Bardin

Ce sera pourquoi les niches ?

Terah Noll

Pour ranger des trucs, genre des petits… En fait, ça c’est vide.

Camille Bardin

Ah oui !

Christian Giordano

Et puis les niches, tu peux en fait, tu peux avoir des rangements de livres ou d’objets, mais tu peux aussi montrer des choses. Parce qu’après on va faire des niches un peu élaborées avec une petite lumière en rétro. On peut faire des trucs comme ça. Mais oui ! Non mais tu vois, tu peux faire une petite expo !

Camille Bardin

Vous allez avoir ELLE Décoration qui va venir prendre des photos de la nouvelle ZAP ! Hahahaha [Pause reportage]

Camille Bardin

[Insert voix reportage] La personne avec Terah, qui dessine super bien les poulies, c’est Christian, le Régisseur Général de la Ferme.

Camille Bardin

[Reprise reportage] Tu dis juste qui tu es, depuis quand tu travailles dans le centre d’art et ton poste ? Juste ça !

Christian Giordano

D’accord… [Avec une toute petite voix]

Camille Bardin

T’inquiète !

Christian Giordano

Je suis intimidé ! M’écouter pas parce que ça fait longtemps !

Camille Bardin

On peut faire ça dans l’autre salle ? Hahahah [On entend tout le monde rire au fond]

Christian Giordano

Ça me rajeunit pas ces interviews ! Hahaha ! Donc je dis juste mon nom, c’est ça ?

Camille Bardin

Oui. Qui es tu ? Et depuis quand tu travailles ici ?

Christian Giordano

Je m’appelle Christian Giordano et je travaille au Centre d’art depuis 1991.

Camille Bardin

Et depuis… Et tu fais quoi exactement ?

Christian Giordano

Et je fais la Régie Générale des expositions.

Camille Bardin

Voilà ! Donc comment tu vas chapeauter tout ce projet ?

Christian Giordano

Et bien en fait, à partir du projet, on essaie d’imaginer, de décrire, toutes les phases de construction et de peinture aussi. Et puis et d’assemblage et voilà. Et donc j’essaie de transmettre…

Camille Bardin

C’est ça tu deviens professeur !

Christian Giordano

Voilà. Professeur de coupe, aujourd’hui ! Professeur de coupes.

Camille Bardin

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le programme est chargé et le niveau de tout le monde pas hyper élevé… 

Christian Giordano

[Qui parle à tout le monde] Donc voilà. Et je sais pas après… Petite question générale : « Est-ce que vous avez déjà utilisé des outils genre scie circulaire, scie sauteuse, visseuse ? » Un petit peu ?

Membre ZAP 1

Tournevis ? [Tout le monde rigole]

Christian Giordano

Tournevis AH ! Ah ! Tournevis ! Bon, à l’ancienne « Chignole ? » Hahahah ! Non, mais peut-être que parmi les choses qu’on fera, on trouvera un petit poste. Ça gène personne. Et puis on pourra un peu, on aura du matériel « sacrifié » entre guillemets et puis… [Tout le monde rigole] Non, non mais…

Camille Bardin

T’as vexé Celine hahaha ! 

Christian Giordano

On avait fait ça avec certains stagiaires en technique qui arrivaient et qui découvraient la visseuse. Ils n’en avaient jamais utilisée. Et ça, il n’y a que la répétition du geste… Et puis, voilà… Donc pour répéter le geste de visser, il faut sacrifier un petit bout de bois. Et puis quelques visses peut être, et puis des doigts éventuellement ! [Tout le monde rigole] Donc on fera des petits moments comme ça, à la fois pour couper, pour visser, pour que tout le monde ait un peu une idée… Puis après, il y a des gens qui se sentent plus à l’aise avec certains outils et ou qui ont peur d’autres outils. On verra… Et puis la peinture ! Donc là, tout le monde a fait un peu de peinture je pense dans sa vie ? Mais tout le monde sait pas forcément peindre ! [Tout le monde rigole] C’est pas parce que tu as fait de la peinture une fois dans ta vie que tu sais pas peindre hahaha.

Terah Noll

On a aussi qu’on savait pas peindre la dernière fois hahaha !

Christian Giordano

Tu peux apprendre que tu ne sais pas oui ! Et… Et donc là, pareil, on fera un petit… Bon, là ça sera assez rapide mais… Mais quand même, il y a quelques gestes ou quelques trucs à savoir en peinture, et puis peut-être un peu d’enduit. On verra ! Je pense qu’il y aura pas trop d’enduit mais. Mais bon. Il peut y avoir de l’enduit en fait sur nos meubles, on pourra peut-être avoir des petites finitions d’enduit sur les vis apparentes. On verra.

Camille Bardin

[Voix reportage] Cette journée, elle est révélatrice de plusieurs choses. Évidemment, il y a cette histoire de déménagement qu’il va falloir qu’on creuse. Mais avant cela, j’avais envie d’échanger avec Guillaume, dont Terah a déjà glissé le nom. Guillaume Il a un parcours qui porte au jour les capacités transformatrices de cet espace, autant sur les personnes qui le fréquentent que sur les personnes qui le font. Parce que si aujourd’hui il est médiateur au Centre d’art, ce n’était pas du tout ce à quoi il se destinait à l’origine. Guillaume, il travaillait avant à la communication du Centre d’art. Mais en découvrant la ZAP, c’est la médiation qui l’a finalement intéressé, ce qui a fait bifurquer son parcours professionnel. Pour en parler avec lui, je me suis glissé derrière la réception du centre d’art où il accueille les publics.

Guillaume Vilchien

[Début interview Guillaum ] J’étais déjà dans un attrait pour l’art. De toute façon, quand je suis arrivé et comme je m’entendais bien avec les équipes, avec ma responsable à la com, c’était Sonia qui est très très très investie depuis le début dans la ZAP. Elle m’a proposé tout de suite, avec Terah aussi, avec qui je m’entendais bien aussi, avant d’être au Centre d’art de participer aux réunions ZAP. Du coup, qui sont… J’explique ?

Camille Bardin

Oui Vas-y !

Guillaume Vilchien

Qui sont les… Une fois par mois, on fait une réunion transversale entre les services de la Ferme du Buisson avec qui veut venir. En fait pour participer à la réflexion du développement de la Zone à Partager, de ce qu’on y propose, de sa forme comme du fond. Et du coup, bah moi je suis arrivé, J’avais même pas visité l’exposition, je savais même pas de quoi ça parlait et j’ai traversé les salles d’exposition pour aller dans la Zone à Partager, faire la première réunion. Et en fait, ce qui du coup m’a attiré tout de suite, c’était justement cette manière de réfléchir ensemble à comment ? Qu’est-ce qu’on va faire dans cet espace ? Qu’est ce qu’on y propose? Et puis du coup, j’ai découvert aussi un espace où, pour le coup, au-delà de toucher à l’art, comme je le disais dans la culture, il y avait aussi une manière là, de pratiquer quand même un peu l’art, qui était quelque chose, qui est toujours quelque chose, que j’aime faire, mais pas forcément… C’est un peu contradictoire ce que je vais dire… J’allais dire pas forcément pour mon travail. Mais pas en tant qu’artiste.

Camille Bardin

En tant que travailleur dans l’art !

Guillaume Vilchien

Je peux quand même faire, je peux quand même pratiquer l’art sans, sans le produire, sans… Oui, voilà ! Et puis du coup, bah voilà… Où je voulais en venir. Puis après, enfin, de fil en aiguille…

Camille Bardin

Du coup, comment tu t’es dit que tu voulais rester, que tu voulais passer en médiation et que la com, c’était peut être pas l’endroit exact qu’il te fallait, mais que la justesse se trouvait peut être justement du côté de la médiation ? 

Guillaume Vilchien

Et ben justement !

Camille Bardin

Est-ce que la ZAP a joué un rôle, quelque chose à cet endroit là ?

Guillaume Vilchien

Là, pour le coup, elle a vraiment joué un rôle d’introduction à l’art contemporain et au centre d’art. Du coup, qui était un peu inattendu pour moi.  J’étais vraiment pas venu dans l’optique de travailler au Centre d’art contemporain. Moi, j’avais vraiment une vision de l’art contemporain assez assez réac ! Hahaha « je comprends rien. », « Qu’est ce qu’ils font ces gens ? » Et du coup, en fait, dans le job de diffusion à la com, j’avais une partie où j’avais du contact avec les gens et c’était vraiment, honnêtement… No Shades à la com, je vous adore… Mais c’était la seule partie qui était cool en fait ! D’aller voir les gens, de leur parler un peu de la prog et tout ça, ou d’aller faire les forums, de rencontrer forums, d’assos et tout… C’était le contact avec les gens, parler de ça, parler d’art, parler de culture et tout. C’était ce qui m’animait un peu et en fin de compte. Du coup, le centre d’art c’est quand même… Et le métier de médiateurice… C’est quand même l’endroit pour faire ça. Et du coup, comme dans le cadre de mon contrat qui était un contrat APEC, parcours emploi, compétences je sais pas quoi machin… Il y avait une formation qui était obligatoire à faire et donc j’en ai fait une ailleurs en extérieur et puis après on s’est organisé du coup avec Terah pour me faire une formation en médiation directement au Centre d’art. Et s’en est suivi un service civique que j’ai fait. Et là je viens d’entamer un CDD pour l’exposition Quotidiens Communs. Voilà ! 

Camille Bardin

Trop bien ! Longue vie à Guillaume au sein de la Ferme du Buisson. Trop bien ! [Fin interview Guillaume]

Camille Bardin

Ce déménagement. Il dit beaucoup de la place que prend la médiation dans les institutions. Pour comprendre tout cela, j’avais envie, pour finir, de poser quelques questions à Thomas Conchou. Il est le directeur artistique du Centre d’art de la Ferme du Buisson depuis un peu plus d’un an. C’est suite à son arrivée que la ZAP a donc déménagé…

Thomas Conchou

[Début interview Thomas] Je pense qu’une partie du… La manière dont on construit un projet de direction, c’est un peu repérer les choses qu’on va transformer et les choses qu’on va faire perdurer. Enfin, moi ça m’intéresse la manière dont on s’inscrit en héritage et en transmission et en continuité. Ce qui n’empêche pas de transformer les choses. Je pense au texte d’introduction du catalogue de Montrouge et du Salon qu’ont écrit Coline Davenne et Guillaume desanges cette année. Qui expliquait que justement, c’est cet endroit qui perdure mais qui se transforme. Et donc ça m’intéressait de. Ça m’intéressait de faire un projet qui repère ces choses à maintenir, à augmenter, à travailler. Et quand j’ai regardé un peu avec les informations qui m’ont été données ou auxquelles j’avais accès au moment de préparer mon projet, qui est toujours une abstraction, qu’après il faut faire atterrir dans le réel. La ZAP, c’est quelque chose qui m’a beaucoup intéressé. Ça m’a beaucoup intéressé parce que j’y ai vu l’endroit où s’exprimait l’intelligence collective au Centre d’art contemporain de la Ferme du Buisson. Que venant, ayant fait mon éducation aux pratiques collectives, collaboratives, au faire ensemble, au travail du commun – on peut le dire de plein de manières différentes. À travers l’action de Nouveaux Commanditaires de la Fondation de France. Donc ce programme qui permet à des citoyens et des citoyennes de passer commande d’une œuvre d’art dans un but d’intérêt général et ayant accompagné un certain nombre de processus de commande et donc ayant été influencé, transformé, mais m’étant engagé dans ce travail collaboratif. Quand j’ai vu la ZAP, j’ai compris qu’ici exprimer quelque chose de similaire et donc j’ai voulu y faire une place pour ça dans mon projet. De la même manière que j’ai aussi expliqué que sur les lignes des expositions monographiques qu’entretenait Julie Pellegrin, la directrice, la précédente directrice, je voulais à peu près continuer quelque chose de similaire, c’est à dire des artistes internationaux ou bien qui étaient en train de changer d’endroit de carrière, passer plutôt des artistes confirmés ou des artistes qui rayonnent à l’internationale ou accueillir des voix internationales ici à Noisiel. Donc ça c’est voilà, c’est toutes les choses dans lesquelles j’ai voulu m’inscrire en continuité. Et quelque chose de très intéressant avec la ZAP, c’est que c’est un projet qui s’est développé en l’absence de direction beaucoup… C’est à dire dans l’intervalle, entre le départ de Julie Pellegrin et mon arrivée. Et mine de rien, je pense qu’on le voit aussi avec ce qui se passe ou ce qui va se passer, ce qui est en train de se passer au CAC Brétigny suite au départ de Céline Poulain pour le FRAC Ile-de-France. Donc c’est cet interlaps, ce temps où il n’y a plus de direction. Ça, ça force une sorte d’horizontalité dans la pratique de l’équipe. Alors je pense que ça vient avec plein de contraintes et plein de difficultés. Mais parfois ça peut aussi ouvrir des espaces. Puisqu’il y a un terrain à occuper. Et j’ai l’impression que c’est aussi ce qui s’est passé avec la ZAP, cette idée de d’horizontalité, de prendre en main, de mettre en œuvre un projet dont on dessine les contours, c’était un peu obligatoire. À un moment, il n’y a plus personne pour donner des axes.

Camille Bardin

Parce que, qu’on comprenne bien, en fait, quand tu es arrivé, la ZAP était donc un espace en haut, un peu plus difficile d’accès. Et il y avait à l’inverse, cet immense espace dès l’entrée qui pouvait être… Dont on pouvait se saisir. Et en même temps, ce que je me suis dit tout de suite, c’est que c’est aussi un espace dont on pourra plus se saisir pour exposer. Et donc tu as fait le choix aussi de te séparer de ce potentiel d’espace qui est par ailleurs un très bel espace d’exposition !

Thomas Conchou

Oui oui. Et puis c’est pas du tout un choix que j’ai fait immédiatement. C’est J’avais une intuition…

Camille Bardin

Comment ça s’est fait justement ?

Thomas Conchou

J’avais une intuition très forte qu’il fallait plus d’espace à la ZAP que, à partir du moment où on s’est engagé aussi dans la réflexion de l’accueil et qu’on a fait une commande de design à Clueless. Donc le duo formé par Salomeja Jaquet et Clara Stengel, ça me semblait. J’avais cette intuition que c’était intéressant de placer la ZAP dans aussi au regard immédiat du public. Mais en effet, comme tu le dis, c’était se séparer d’une des plus belles salles d’exposition du centre d’art. Tout le monde à la Ferme n’était pas forcément. Je pense qu’aujourd’hui je pense qu’on va vers un moment où tout le monde est convaincu. Mais c’est vrai qu’au début, notamment de la part des équipes techniques qui sont là depuis très longtemps et qui nous accompagnent et accompagnent les artistes dans la production de leur exposition, donc qui sont vraiment dans cette expérience sensible de l’espace, de la transformation de l’espace. Il y avait des… Peut-être une difficulté à imaginer que cet espace soit plus un terrain de jeu pour l’expression plastique des artistes ! Et pour autant, je pense qu’on est dans un mouvement où le FRAC vient d’ouvrir un espace de pratique et de médiation sous l’impulsion de Céline Poulain. Mais quelque chose qu’elle avait déjà fait au CAC Brétigny. Le Palais de Tokyo vient d’ouvrir Le hameau. Nous, on a déménagé la ZAP, c’est aussi dans cette idée. On n’est pas les seuls. Et justement parce qu’on est de nombreuses institutions et de nombreuses équipes (parce que derrière les institutions, il y a des équipes) à être traversées par cette idée que les lieux d’arts visuels sont aussi des lieux de pratique et que l’exposition c’est super, mais c’est une des modalités qu’on explore dans notre travail ici et depuis le départ. Pour moi, ramener de la production, de l’habitation, de l’activité, du faire dans les espaces, c’était nécessaire aussi parce que le centre d’art, finalement, comparé à nos collègues du territoire, c’est un grand centre d’art en termes d’espace. Et donc. L’espace, ça suppose, ça suppose des investissements matériels, financiers, etc. Qui en fait, en tout cas, on pouvait le réduire de cette manière là, sans dire qu’on dénature nos missions. Au contraire, je pense que ça rajoute quelque chose à ce centre d’art. Ça, ça galvanise aussi le projet de la ZAP autour d’un nouveau lieu à habiter et je pense que c’est nécessaire pour des projets collectifs comme ça, de pouvoir se projeter, rebondir, avoir plus d’outils. À terme, on n’est pas du tout à l’objectif de… Donc la ZAP, c’est un des projets du centre d’art et donc son activité est prise sur notre budget artistique. Donc pour moi, on n’a pas fini de développer la ZAP du tout. Et il y a la question de : « Comment on agrège peut-être des partenaires autour de ce projet là, qui est un projet singulier, qui est hébergé par le centre d’art, qui rassemble des personnes de tous les services de la ferme et qui réfléchit pour tout le monde, je pense aussi. » Et quelque chose qui est intéressant par rapport à la ZAD, c’est qu’en fait, l’espace qui est actuellement occupé, donc la nouvelle ZAP, elle s’est installée dans l’espace qui était convoité par l’équipe de la ZAP dès le départ. Et donc justement en l’absence de direction, il y avait un peu cette incertitude.

Camille Bardin

Iels ont mis le grappin dessus ? Hahaha

Thomas Conchou

Non, non, ils n’ont pas pu. Ils n’ont pas pu ! Parce qu’en l’absence de direction artistique au Centre d’art, il y avait un peu cette idée que c’était compliqué de ponctionner un aussi grand espace sur l’espace du Centre d’art, dédié aux expositions. Et moi je pense qu’au contraire, il faut le faire. Mais c’est vrai que c’est venu après des réflexions, des hésitations. Je me suis aussi dit : « Bon, est ce que je… Est ce que je fais ça ? » Et en fait. Et « JE » c’est pas « JE » ! C’est : « Est-ce que je le propose ? » Parce que je savais qu’une fois que c’était proposé, c’était fait !

Camille Bardin

Alors là oui en effet hahahaah ! 

Thomas Conchou

Et donc, absolument aucun regret là-dessus. Et puis on a suffisamment d’autres belles salles d’expo pour que les artistes ne s’ennuient pas ! 

Camille Bardin

Oui, c’est clair ! Vous n’êtes pas à plaindre à ce niveau là. Complètement ! [Fin interview Thomas]

Camille Bardin

[Outro – début du générique] Bon, vous vous en doutez, je ne peux que finir cet épisode en vous incitant à aller voir ces beaux espaces et cette superbe Zone à Partager. Le centre d’art de la Ferme du Buisson est ouvert du mercredi au vendredi de 14 h à 18 h et du samedi au dimanche de 14 h à 19 h. Je remercie toute l’équipe de La Ferme pour son accueil et sa disponibilité. C’est vraiment un endroit où je me sens bien, alors c’est toujours un plaisir d’y retourner et de travailler avec Thomas Conchou, Sonia Salhi, Terah Noll, Christian Giordano, Guillaume Vilchien, Céline Bertin mais aussi Nina, Lucie, Camille, Zélia, Léa, David, Zoé, Audrey, Alice et j’en passe.

Camille Bardin

Merci aussi à vous, chèr·es auditeurs, d’écouter PRÉSENT.E. C’était un format assez inédit pour moi donc j’espère qu’il vous plaira. Si c’est le cas, n’hésitez pas à me le faire savoir en mettant cinq étoiles au podcast et ou en le partageant. C’est moi qui prépare les interviews, enregistre, monte, diffuse et communique et retranscrit aussi les podcasts. Donc c’est vraiment un grand soutien. Je vous dis maintenant à la rentrée 2024 où je tâcherai d’être un peu plus présente ici, mais d’ici là, prenez soin de vous et je vous embrasse ! 

Publié par Camille Bardin

Critique d'art indépendante, membre de Jeunes Critiques d'Art.

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